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par Nathalie Ménard

Depuis près d’une cinquantaine d’années, l’industrie de la transformation secondaire et tertiaire, dans le milieu de l’aluminium, constitue un secteur d’activités organisé. La création des entreprises transformatrices a fait l’objet d’un processus entrepreneurial dynamique qui ne cesse de prospérer et d’être attractif pour les jeunes entrepreneurs québécois.

Au Québec, il existe un nombre significatif d’entreprises dans le domaine de l’industrie de la transformation de l’aluminium. Cet écosystème est en croissance et est stimulé par la demande grandissante dans divers secteurs tels que les transports, la construction, l’aérospatiale et la transition énergétique et plus encore.

« Sky is the limit ».

Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, en décembre 2023, la province comptait 957 025 entreprises (tous secteurs d’activités confondus), dont un peu moins du tiers (29,1 % ou 278 278) ont employé au moins une personne (1 à 499 employés). Entre 2017 et 2021, le nombre moyen annuel de naissances (startups) de petites entreprises s’élevait à 103 001 et le nombre moyen annuel de fermetures était de 94 197. Beaucoup d’appelés, mais peu ont persisté…

Spécifiquement dans l’industrie de la transformation de l’aluminium, la province compte plus de 1734 entreprises de 1e, 2e et 3e transformation, réparties dans toutes les régions du Québec. Parmi les quelque 40 000 emplois que compte l’ensemble de l’industrie de l’aluminium, environ 30 000 se spécialisent à la transformation du métal gris.

Dans la présente édition, AL13 vous propose de rencontrer deux jeunes entrepreneurs québécois qui incarnent parfaitement la nouvelle génération de bâtisseurs évoluant dans la filière de l’aluminium : Joey Hébert de MOS, avec son support de toit innovant UpLift et ses accessoires, et Félix Lapointe de Ferreol Skis et Ferreol Technologies, fabricant de skis haute performance et développeur de l’alliage révolutionnaire Scalium™.

L’entreprise MOS, spécialisée notamment dans le développement du MOS UpLift (support de toit innovant pour véhicules et ses accessoires), a été fondée à Québec en avril 2017 par Joey Hébert — cofondateur, qui occupe le poste de président et Frédéric Laurin-Lalonde — cofondateur, responsable du design de produits et des aspects techniques.

L’entreprise Ferreol (également identifiée comme Ferreol Skis et Ferreol Technologies) a été fondée en 2019, dans la région de Sainte-Anne-de-Beaupré. Les fondateurs (et propriétaires) sont Félix Lapointe, cofondateur et directeur général de Ferreol Technologies, Jonathan Audet, cofondateur et directeur général de Ferreol Skis, Étienne Boucher, cofondateur et directeur du traitement de surface chez Ferreol Technologies, et directeur technique chez Ferreol Skis et Paul Gilbert, cofondateur et directeur RH et TI chez Ferreol Skis et Ferreol Technologies.

Tous deux témoignent de la vitalité de l’écosystème entrepreneurial québécois et du secteur névralgique de l’aluminium, grâce à leurs caractères innovants, leur persévérance face aux défis et leur contribution à positionner le Québec comme un leader mondial dans les diverses applications de l’aluminium.

Rigoureux, mobilisateurs de leurs troupes vers des objectifs communs, Joey Hébert et Félix Lapointe sont exigeants envers eux-mêmes et très investis dans la réussite de leurs entreprises.

« Je ne demanderai jamais quelque chose à quelqu’un que je ne suis pas prêt à faire, mais j’essaie d’être plus cool avec l’équipe », affirme en souriant Joey Hébert.

« L’équilibre de vie, c’est aussi un bon défi. Mais, en tant qu’entrepreneur, dans le quotidien, l’un des grands défis que je vis, c’est l’opposition entre les tâches quotidiennes qui doivent être accomplies, les opérations et les grands projets porteurs qui doivent aussi avancer en parallèle et où tu dois être 100 % focus, où tu ne dois pas laisser place à la distraction », confie Félix Lapointe.

De la drive, ils en ont à revendre. Amateurs de plein air, de performance, nos deux passionnés ont développé, avec les membres de leurs équipes, des produits qui répondent aux valeurs qu’ils soutiennent, tels que le respect de l’environnement. « C’est dans l’ADN de MOS », confirme Joey Hébert. Il y a aussi la durabilité du produit, l’innovation, l’engagement et le dépassement de soi, l’authenticité et la fidélité; des valeurs visant à encourager le plaisir, le dépassement, l’épanouissement. « C’est pas mal les caps sur lesquels on s’aligne », mentionne Félix Lapointe.

AL13 : Joey, pouvez-vous nous raconter les débuts de MOS ?

60 secondes qui changent tout

Joey Hébert – MOS : « Notre histoire commence en 2015, lors d’une startup weekend – une compétition de démarrage d’entreprise à Québec. J’ai rencontré là-bas mon associé Frédéric Laurin-Lalonde. Avec toute la naïveté du monde, j’ai fait un pitch de 60 secondes en disant aux personnes présentes que ça n’avait pas de bon sens que les gens doivent escalader leur voiture pour charger leur équipement sur le toit, et que ça devrait être aussi facile de charger quelque chose sur le toit que dans le coffre arrière.

Les cofondateurs de MOS Joey Hébert et Frédéric Laurin-Lalonde lors d’une présentation du MOS Uplift, lors de leur passage à l’émission Dans l’oeil du Dragon, en mai 2019.

C’est drôle, parce que c’est encore notre vision aujourd’hui. Notre étoile polaire, c’est de rendre le chargement sur le toit de la voiture aussi facile que dans le coffre arrière. On commence à y arriver, mais il reste encore du développement à faire », souligne Joey Hébert.

L’utilisation première du produit, ce sont les sports nautiques. « Quand tu veux transporter un kayak, un canot ou une planche à pagaie rigide, la seule option que tu as, c’est le toit de la voiture. Pour les vélos et les skis, ça peut se mettre dans la voiture ou à l’arrière avec un support de remorquage, donc il y a des alternatives.

Après ce weekend, j’ai continué à développer l’idée sur les bancs d’école – j’étais encore étudiant au baccalauréat en entrepreneuriat. Pendant deux ans, j’ai utilisé tous mes cours : modèle d’affaires, stratégie d’entreprise, modélisation financière, étude de marché. En 2017, j’ai recontacté Fred et on a lancé la phase de recherche et développement du tout premier produit MOS.

Ça nous a pris trois bonnes années pour arriver à une version dont on était assez fiers pour tester le marché ».

Félix Lapointe – Ferreol : « La naissance de Ferreol se produit à l’automne 2018. Jonathan (Audet), Étienne (Boucher) et moi étions en première ou deuxième année de génie mécanique à l’Université Laval. On s’est rencontrés dans un projet étudiant – Formula Baja SAE.

Les trois entrepreneurs derrière Ferreol Skis et Ferreol Technologies sont Jonathan Audet, Félix Lapointe et Étienne Boucher.

Ce qui est drôle, c’est qu’avant même de se connaître, on avait tous les trois déjà eu des projets liés au génie mécanique, à l’entrepreneuriat et au ski. J’avais fabriqué un remonte-pente pour faire du ski chez nous. Jonathan avait construit un canon à neige avec son petit frère et Étienne avait commencé une presse à skis dans son garage ».

L’étincelle entrepreneuriale

Félix Lapointe ajoute : « J’ai amené sur la table mon désir d’être entrepreneur. J’ai toujours su que j’avais cette flamme entrepreneuriale – j’avais déjà eu la chance de faire des petits projets entrepreneuriaux au secondaire et j’avais travaillé pour une startup. J’avais donc une bonne connaissance de tout l’écosystème qui existait au Québec en matière de ressources pour se lancer en affaires.

Jonathan, de son côté, était passionné de ski depuis toujours et le monde des affaires l’intéressait aussi ».

Et ils s’élancent littéralement…

Au cours de l’entrevue, Félix nous explique que Jonathan avait identifié deux angles morts dans l’industrie du ski. Premier constat : « Les skis des grandes compagnies mondiales sont souvent développés pour les Alpes ou les Rocheuses, alors que nos conditions sont différentes. On a des montagnes plus petites, des sous-bois plus serrés, des conditions de neige très variables. Les skieurs recherchaient des skis plus polyvalents, mieux adaptés à nos conditions. Deuxième constat : les skieurs sont de plus en plus soucieux de leur empreinte environnementale et recherchent des options plus écoresponsables, notamment des produits fabriqués au Québec.

Donc, on s’est dit : pourquoi ne pas lancer notre compagnie de skis pour régler ces deux problèmes? C’est comme ça qu’on a lancé Ferreol Skis à l’automne 2018. Un an plus tard, Paul Gilbert, notre premier client, nous a fait mention de son intérêt à devenir actionnaire.

Il nous a fallu un an dans le garage des parents d’Étienne pour développer notre première paire de skis fonctionnelle. Le défi était de faire deux skis identiques skiables ».

AL13 : Pourquoi avoir fait le choix de travailler avec l’aluminium?

Félix Lapointe – Ferreol : « C’est un matériau vraiment particulier par rapport aux autres, comme la fibre de verre ou de carbone. Il est isotropique, donc dans toutes les directions où tu mesures ses propriétés, elles sont semblables. En ajoutant de l’aluminium dans un ski, cela permet d’avoir des profils de rigidités constants partout. On peut ainsi en tirer profit pour aller chercher certaines sensations sur neige que les fibres de verre ou de carbone ne procurent pas parce que ce sont des matériaux qui sont tissés dans certains sens.

L’aluminium donne un avantage mécanique.

Aussi, en termes de feeling, l’aluminium a une certaine énergie qu’aucun autre matériau ne permet de produire. L’idée aussi dernière l’aluminium, c’est de développer des skis alpins qui seraient recyclables en fin de vie, l’aluminium étant recyclable à l’infini par rapport aux fibres qui sont vraiment plus difficiles à recycler. En utilisant l’aluminium, on utilise moins de colle dans nos produits.

Et en développant le Scalium™, on développait un alliage plus résistant qui allait nous permettre de mettre moins d’aluminium dans nos skis, en allant chercher les mêmes propriétés et en réduisant l’empreinte carbone dans nos produits ».

D’autres retombées positives allaient ensuite découler, dont l’approvisionnement et le développement d’un traitement de surface pour une meilleure adhésion dans les skis et régler d’autres problématiques environnementales et plus sécuritaires pour les employés, avec une plus longue durée de vie.

Joey Hébert – MOS : « Cela allait de soi que nous utiliserions l’aluminium étant donné que le poids est un enjeu majeur dans notre secteur. On cherchait une matière qui allait être la plus légère possible et l’aluminium était un choix intéressant pour cela. En outre, la question de la corrosion entrait en ligne de compte, parce que notre produit serait dans toutes sortes de conditions : environnement salin, le calcium l’hiver, les débris causés par la route et au niveau des propriétés mécaniques et des forces appliquées, l’aluminium rencontrait tous les standards recherchés. Enfin, le coût. C’était donc une évidence. »

AL13 : Parlez-nous de la place de l’innovation dans vos produits?

Félix Lapointe – Ferreol : « Une des choses qui nous distingue, c’est la recherche et le développement qu’on met dans nos produits. On a développé un projet en collaboration avec le Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA), l’Université de Sherbrooke, Rio Tinto, le Centre de métallurgie du Québec (CMQ) et le Conseil national de recherche Canada (CNRC-CTA) et le PARI-CRNC pour créer des skis contenant de l’aluminium et ayant un haut potentiel de recyclabilité.

C’est là qu’on s’est intéressés aux laminés aluminium-bois, ce qui nous a, par la suite, menés à l’élaboration de notre propre alliage, le Scalium™.

On l’a breveté et on s’est dit qu’il y avait là un modèle d’affaires à part entière. Ferreol Technologies était alors lancé pour commercialiser le Scalium™.

« On a pris l’avion pour aller rencontrer les directeurs d’innovation des plus grandes compagnies de skis au monde. Rapidement, on s’est retrouvés avec des lettres d’intention parce qu’ils voyaient énormément de potentiel ».

Joey Hébert – MOS : « L’entreprise collabore avec plusieurs acteurs du milieu tels que le Centre de métallurgie du Québec (CMQ), ainsi que des firmes d’ingénierie et de design industriel, afin de développer les produits MOS. Nous travaillons également avec le CQRDA et le CNRC sur plusieurs projets de recherche et développement pour améliorer nos produits actuels et en développer de nouveaux. On a un petit écosystème de gens au Québec qui nous aide dans le développement et le manufacturing », souligne Joey Hébert. Il précise également que les produits MOS font l’objet d’un processus d’amélioration en continu, dans lequel l’entreprise tente, dans la mesure du possible, d’apporter des changements rétrocompatibles avec leurs produits actuels afin d’éviter la désuétude.

AL13 : Où en est maintenant Ferreol avec la technologie du Scalium™ ?

Félix Lapointe – Ferreol : « Depuis deux ans, on travaille sur la mise à l’échelle. Cette année, on a réussi nos premiers tests à grand volume. Les grandes compagnies testent le Scalium™ dans leurs laboratoires. Ce sont leurs skis avec notre matériau. Les résultats sont extrêmement prometteurs ».

L’entreprise a pour objectif de commercialiser officiellement le Scalium™ l’année prochaine. Félix Lapointe précise que les plus grandes marques connues vont avoir du Scalium™ dans leurs skis.

AL13 : Comment définiriez-vous vos marques ?

Félix Lapointe – Ferreol : « Notre premier objectif était de développer des produits haut de gamme. Ensuite, créer des skis plus polyvalents, versatiles que ce qui existait, et plus écoresponsables, fabriqués à 100 % au Québec, avec des technologies réduisant l’empreinte carbone. Mais le critère numéro un pour nos clients, c’est que nos skis leur permettent d’optimiser leur expérience, avoir plus de plaisir à skier. Les gens nous disent que depuis qu’ils ont des Ferreol, leur expérience de ski a vraiment changé. Ils ont plus de plaisir et ils sont devenus meilleurs, peu importe leur niveau de skieurs ».

Selon Félix Lapointe, ce succès est grandement dû au bouche-à-oreille, à la communauté qui achète des produits et qui en parle. Ça fonctionne énormément, avec peu d’investissements au niveau marketing. « Dans les remonte-pentes, quand les gens voient des skis Ferreol, ils posent des questions. Ce lien entre celui qui a nos skis et celui qui n’en a pas est très fort, souvent assez pour convertir la personne en nouveau client. On a développé des produits qui répondent complètement aux besoins des skieurs. Nos skieurs sont nos meilleurs vendeurs. Les réseaux sociaux sont aussi un beau vecteur de communication. C’est la plus belle plateforme pour maintenir un lien de communication avec notre communauté et la marque. C’est l’endroit aussi pour récolter les feedbacks. Les réseaux sociaux et leur exploitation étaient au centre de notre stratégie de communications et de marketing. Et c’est vraiment la première année qu’on investit sur les différentes plateformes pour atteindre nos objectifs de vente.

Au niveau de l’identité visuelle, on a toujours voulu offrir un produit épuré. On voulait se concentrer sur les éléments les plus importants et minimiser tout ce qui n’était pas nécessaire, notamment dans les graphiques, pour avoir quelque chose qui allait être intemporel, un produit de qualité qui allait bien passer le temps. C’est vraiment important pour nous d’être dans le fondamental, dans ce qui est important et non dans le flafla de la mode. On brise les statu quo qui existent dans un marché mature comme le ski. Il faut innover et c’est ce qu’on fait avec Ferreol.»

La stratégie de Ferreol combine innovation technique et met l’accent sur l’expérience client de façon exemplaire. Plutôt que de simplement créer un produit « fabriqué au Québec », l’entreprise a développé une proposition de valeur claire autour de la performance et du plaisir.

L’avantage de la spécialisation

MOS et Ferreol collaborent et s’associent régulièrement ensemble parce qu’une chimie existe entre les deux entreprises.

Joey Hébert – MOS : « On a des valeurs similaires. On évolue tous les deux dans des domaines communs. On a des principes qui guident nos activités qui sont assez semblables : plaisir, innovation, etc. Pour nous, l’avantage c’est qu’il n’y a pas vraiment de concurrence directe. Il y a des produits analogues, mais pour accéder facilement aux équipements sur le toit de la voiture c’est notre spécialité. Notre objectif, c’est de fabriquer un produit qui va simplifier la vie des gens.

On approche maintenant les 500 unités vendues sur les routes. En 2023, on a enfin pu relancer la production. Nos premières vraies ventes sont arrivées au même moment. On vend maintenant partout au Canada et au Québec, et on a commencé les États-Unis avec un représentant américain qui développe ce marché. Il y a des complexités et des lourdeurs, mais on s’en sort avec le contexte actuel.

Chez MOS, notre objectif est de demeurer à l’affût des autres possibilités ou contextes d’utilisation de notre produit, car au final, nous rendons accessible ou à portée de main ce qui est plus haut. Bien sûr, on se questionne sur les autres secteurs où notre produit peut être utilisé et nous sommes ouverts à être opportunistes à court terme.

AL13 : Où produisez-vous vos produits?

Félix Lapointe – Ferreol : « La production des skis de Ferreol est entièrement québécoise, chez Utopie MGF à Rimouski. Ferreol possède aussi son propre laboratoire d’innovation qui a le contrôle de A à Z sur son développement de produits et de choix de matériaux », mentionne Félix Lapointe.

Cela lui donne une latitude exceptionnelle pour développer ses produits rapidement. Félix Lapointe souligne qu’on y a aussi développé une expertise en ingénierie du ski qui permet à Ferreol de se distinguer à l’international.

Certaines grosses compagnies, à l’international viennent même les voir pour chercher des conseils ou encore pour développer des choses avec eux.

« On a développé des algorithmes permettant de faire des liens entre tout ce qui est subjectif, soit le feeling sur neige que le skieur va ressentir avec tout ce qui est objectif, soit les propriétés mécaniques dans les skis. Ce lien qui existe entre la subjectivité et l’objectivité, il y a très peu de compagnies dans le monde qui le comprend de façon mathématique. Cela nous permet de développer des produits qui vont bien répondre à la demande », explique Félix Lapointe. Quant au Scalium™, la production à grand volume n’est pas possible au Canada et une partie de l’alliage de la série 7000 est traitée chez le voisin du Sud. « Pour les petits volumes, on a la chance de travailler avec le Centre de métallurgie du Québec (CMQ) qui a été avec nous sur la ligne de front pour le développement du Scalium™ sous forme de feuilles », précise Félix Lapointe.

Joey Hébert – MOS : « En ce moment, notre production est divisée entre le Québec et le Vietnam. Cependant, les produits destinés aux fourgonnettes et aux extensions sont effectivement faits au Québec. On aimerait tout produire au Canada, mais malheureusement, on n’arrive pas à intéresser, à court terme, des manufacturiers avec nos petits volumes ».

AL13 : Chacun d’entre vous a procédé à un lancement commercial assez original?

Joey Hébert – MOS : « En 2019, premier test : on a vendu 60 unités en 45 jours par le biais d’une campagne de sociofinancement sur La Ruche Québec. Je me suis fait un devoir d’aller installer chaque rack chez nos tout premiers clients aux quatre coins du Québec. C’était une occasion en or de comprendre qui étaient nos clients, comment ils allaient utiliser notre produit et combien ils étaient prêts à payer pour en obtenir un ».

Félix Lapointe – Ferreol : « Notre étude de marché était simple : produire une vingtaine de paires, les mettre en vente chez Ski Michel et voir si ça se vendait. Le 21 décembre 2019, on a mis nos 30 premières paires sur le mur. Belle surprise : elles ont toutes été vendues en moins d’un mois! C’était notre feu vert. On voyait qu’il y avait un bel engouement auprès de la communauté locale et cela a été répliqué à travers le Québec où de beaux partenariats ont ainsi permis de développer plusieurs points de vente. On a bien fait les choses au Québec avant d’aller à l’extérieur ».

AL13 : À qui s’adressent vos produits? Qui est votre clientèle?

Chez MOS, tout part du terrain, des activités de plein air et des rassemblements de gens passionnés qui pourraient être de potentiels usagers. Après avoir rencontré plusieurs dizaines de milliers de personnes dans des salons, foires, événements, MOS est maintenant plus à même de conclure que sa clientèle type est majoritairement féminine, qui est âgée entre 40-65 ans et qui souhaite de l’autonomie dans ses activités. Les hommes de 50 ans et plus sont aussi des utilisateurs du MOS UpLift. Tous les accessoires développés à ce jour s’adressent à ces clientèles et ont été, à un moment ou un autre, dans le canal de développement de produits.

Joey Hébert – MOS : « Au moment où l’on se parle, il y a environ une douzaine d’accessoires à l’étude. MOS a une stratégie de développement de produits un peu à la GoPro, où la GoPro est l’élément central et il y a beaucoup d’accessoires qui peuvent y être fixés. Avec le MOS UpLift, on a des accessoires qu’on veut développer pour répondre aux besoins identifiés sur le terrain. C’est comme ça qu’on peaufine le produit qui est très intemporel.

Mais ce qui est intéressant, c’est qu’environ 70 % des clients traînent une roulotte. Donc le support de remorquage est condamné à traîner leur roulotte, et c’est là qu’ils ont besoin du système pour les vélos sur le toit. Notre saveur unique, c’est de faire des produits pour simplifier la vie des gens, on veut rendre les choses possibles.

On veut que notre produit évoque auprès des gens la solidité, la robustesse. Nos produits sont conçus pour durer », affirme avec certitude Joey Hébert.

Le produit de MOS est un complément aux autres marques en se fixant aux barres transversales fabriquées par les autres compétiteurs. « On ne fabrique pas de coffres de toit, mais on est compatible avec la majorité des coffres de toit, la même chose avec les racks à vélos, les racks à kayaks, à skis. Cela a été intentionnellement réfléchi comme ça. On est entré dans le marché comme un complément plutôt qu’un compétiteur. Les détaillants protègent les marques et les fournisseurs qu’ils vendent depuis un certain temps; ce qui est normal. Alors, en nous positionnant comme un complément à ces marques, nous avons quand même pu tailler notre place sans être trop perçus comme un compétiteur aux grandes marques établies. Ensuite, bien qu’on soit généralement complémentaire, on se distingue de la compétition directe par la polyvalence, la robustesse du produit, la plus grande compatibilité avec des barres de toit et la facilité d’utilisation de notre MOS UpLift », mentionne Joey Hébert.

Ce qui préoccupe toutefois le jeune chef d’entreprise, c’est l’apparition d’une copie chinoise sur le marché, à une fraction du prix du leur, bien que celui-ci soit protégé par deux brevets, des dessins industriels et une marque de commerce. « La propriété intellectuelle (PI) est importante, oui et non. C’est toujours possible de contourner des brevets. C’est là que les démarches de commercialisation entrent en ligne de compte. C’est le premier à prendre les parts de marché qui va être le plus important. Dans notre cas, de continuer à faire de la qualité, à ne pas couper les coins ronds, à innover en continu, c’est ce qui permet de nous distinguer par rapport à la compétition.

Ce qui préoccupe toutefois le jeune chef d’entreprise, c’est l’apparition d’une copie chinoise sur le marché, à une fraction du prix du leur, bien que celui-ci soit protégé par deux brevets, des dessins industriels et une marque de commerce. « La propriété intellectuelle (PI) est importante, oui et non. C’est toujours possible de contourner des brevets. C’est là que les démarches de commercialisation entrent en ligne de compte. C’est le premier à prendre les parts de marché qui va être le plus important. Dans notre cas, de continuer à faire de la qualité, à ne pas couper les coins ronds, à innover en continu, c’est ce qui permet de nous distinguer par rapport à la compétition.

Félix Lapointe – Ferreol : « Le client type de Ferreol est diversifié et rejoint les « trippeux » de skis de tous âges. La majorité des gens qui achètent des skis Ferreol veulent une paire de skis pour avoir beaucoup de fun un peu partout, dans n’importe quelle condition ». L’entreprise offre des skis unisexes s’adressant autant aux skieurs intermédiaires, avancés et experts. « Tu choisis un ski Ferreol et ça va être la bonne chose », de dire avec certitude Félix Lapointe.

AL13 : Quels ont été vos défis jusqu’à maintenant?

Joey Hébert – MOS : « Nos défis se sont succédé par phase. Avant 2020, c’était surtout de la RD. On partait de zéro. Contrairement aux skis où il existe des recettes, nous, on développait un produit complètement nouveau avec des mécanismes articulés sans aucun guide. Il y a une différence entre un produit prototype qu’on expédie, en priant que ça passe bien, et un produit industrialisé. Ça nous a pris plus de temps que ce à quoi je m’attendais.

Après 2020, je pensais que les défis techniques étaient derrière nous, mais la pandémie a failli être le clou sur notre cercueil. Nos prévisions parlaient de commercialisation en 2020. On pensait alors que 2020 serait notre année de gloire. La pandémie a bouleversé toute la chaîne d’approvisionnement mondiale. Notre produit compte 93 pièces. Si on n’a pas une pièce, on ne peut pas fabriquer un rack. Il y avait trop de risques financiers, alors on a décidé de ne pas lancer la production. On a profité de cette période pour refaire complètement notre chaîne d’approvisionnement », explique Joey Hébert.

Entre 2020 et 2023, l’entreprise peaufine, industrialise et standardise le produit. « On a aussi fait des tests exhaustifs avec Faction Bike Studio, une ancienne compagnie de Chicoutimi, maintenant installée à Granby. » MOS et l’équipe d’experts ont simulé de nombreux cas de chargements avec des dizaines de milliers de répétitions, afin de trouver les points de rupture. Le constat, c’est que le produit est très résistant, allant au-delà des attentes de la jeune entreprise québécoise.

Pleine de paradoxes, la pandémie a cependant créé un regain d’intérêt pour les loisirs extérieurs. « Tout ça aurait été super intéressant pour nous, parce que les gens avaient du temps et s’investissaient dans les loisirs extérieurs, mais on n’avait pas de stock. Quand on a réussi à en avoir en 2023, c’était un peu le cool down de la pandémie, et on s’est retrouvés avec l’inflation et la hausse des taux d’intérêt. Les gens devaient mettre du pain sur la table et payer leur hypothèque. On est entrés dans une période de marché super défavorable. On n’a pas réussi à surfer la vague malheureusement. Nos premières vraies ventes sont arrivées à l’été 2023. Expliquer ça à un partenaire financier, c’est tout un défi!

En 2023, on a enfin pu relancer la production. On vend maintenant au Canada et au Québec, et on commence à percer aux États-Unis avec un représentant américain ».

L’enjeu qui prime actuellement chez MOS, c’est de se faire connaître, ainsi que le produit. « Il faut faire en sorte que les gens sachent que ça existe un rack qui descend. Il y a beaucoup de gens qui ne savent même pas que cela se peut. Le défi, c’est qu’il est difficile d’expliquer le produit en ligne où on perd le contact avec l’humain. En magasin, les vendeurs peuvent proposer plusieurs options aux clients. Donc, il faut s’assurer que ceux-ci comprennent bien notre produit et qu’ils soient à l’aise de le proposer aux acheteurs. Le frein actuel à la croissance de MOS, c’est toute la mise en branle de la structure de promotion ».

Félix Lapointe – Ferreol : « L’un de nos défis majeurs c’est d’être au Québec dans un marché mature et un marché de niche comme le ski. Ça nous a forcés à aller rapidement à l’international ou à l’extérieur du Québec en particulier – États-Unis, Europe. Ça implique de bâtir une notoriété, de partir de zéro dans les marchés qui sont à l’extérieur. C’est plaisant, mais ça ajoute un niveau de complexité comparé aux entreprises qui ont un marché immense déjà établi au Québec. Quand on arrive sur un marché avec une réponse à un problème ressenti, on est très bien reçu. C’est comme ça qu’on a été en mesure de susciter l’intérêt de nos clients, que ce soit pour Ferreol Skis ou Ferreol Technologies. On arrivait avec une solution aux angles morts et c’est comme ça que nous avons été en mesure d’ouvrir les portes. C’est un travail de longue haleine qui paye vraiment lorsqu’on le fait bien à long terme. Avec Ferreol Technologie, on réglait vraiment un problème dans l’industrie du ski, notamment en amenant un nouveau matériau innovant. Des phases d’essais ont rapidement démarré avec nos clients potentiels. Les résultats ont été prometteurs et c’est ainsi que la relation s’est bâtie ».

AL13 : Votre approche par rapport à votre modèle d’affaires et la gestion de la croissance?

Félix Lapointe – Ferreol : « On vend partout au Québec, on vient aussi de signer avec un distributeur en France. C’est notre plus grande percée. Ça démontre que notre produit suscite de l’intérêt à l’extérieur du Québec et du Canada. Ça nous confirme qu’on va être en mesure de faire notre entrée à l’international. On commence aussi à exporter aux États-Unis.

Chez Ferreol Technologies, c’est surtout la validation des performances mécaniques du Scalium™ dans les skis de nos clients qu’on vient de recevoir; c’est super positif. Aussi, certains des grands joueurs mondiaux du milieu de l’aéronautique ont démontré beaucoup d’intérêt pour cet alliage, afin qu’il soit intégré dans des composants d’avions, de satellites, de fusées, d’hélicoptères, parce qu’il a le potentiel de réduire la masse de ces appareils », précise-t-il.

Beaucoup de pain sur la planche à venir, avec des preuves de concept avec ces partenaires, afin de démontrer la valeur ajoutée du Scalium™ dans ces composants.

« Un jour, dans cinq à dix ans, peut-être que le Scalium™ volera dans les airs ou dans l’espace », rêve tout haut Félix Lapointe.

À travers les années, le modèle d’affaires de Ferreol a constamment évolué et s’est diversifié pour aller chercher différents segments de clientèles.

« Sur un plan plus macro, Ferreol Skis et Ferreol Technologies sont un très bon exemple d’évolution. On est passé à développer des produits pour le consommateur. […] six modèles de skis qui s’adressent à diverses clientèles (station, randonnée alpine, poudreuse) et on est devenus la plus grande compagnie de skis au Canada […] jusqu’au développement de nouvelles technologies brevetées, orientées matériaux pour différentes industries, dont celle du ski et équipements sportifs à l’international, jusqu’à l’industrie spatiale et de l’aéronautique. C’est une belle preuve qu’il faut toujours rester à l’affût des nouvelles occasions et ouvert pour que le modèle d’affaires évolue à travers les années pour saisir ces occasions. Dans notre vision, on voulait faire différent. On voulait faire changer les choses, en passant par l’innovation ». L’entreprise confirme que sa vision de la croissance passe par l’expansion à l’international.

« Comme petite entreprise, il faut, en quelque sorte, atteindre un seuil critique pour avoir une certaine stabilité dans notre modèle d’affaires. C’est d’être fort au Québec, qui est le berceau de Ferreol, puis de devenir de plus en plus fort à travers le Canada, l’Europe et les États-Unis. La beauté de la chose, pour nous aider dans cette croissance, cela produit l’effet boule de neige. On le voit déjà, il y a de plus en plus de skis Ferreol sur les montagnes, de plus en plus les gens en parlent et cela va nous aider au cours des prochaines années à croître de façon organique comme depuis le début. Depuis le début, on a voulu faire beaucoup avec peu. Une des choses qui est importante pour nous, c’est de se donner les moyens de nos ambitions.

Sources de financement

On est demeuré les mêmes investisseurs dans l’entreprise. On est allé chercher beaucoup de financements créatifs auprès d’organisations comme le CQRDA. On a tellement eu de partenaires, publics et privés, qui ont cru en nous et on est tellement reconnaissants envers les gens qui nous ont appuyés. […], mais pour atteindre la croissance qu’on entrevoit, on va mettre sur pied une nouvelle ronde de financement en équité », précise Félix Lapointe.

« C’est la même chose pour tous les entrepreneurs. On veut être en mesure de payer nos employés, faire avancer les projets et payer nos fournisseurs. […] pour atteindre les marchés internationaux et commercialiser nos innovations, on doit aller chercher des investisseurs externes afin de faire avancer la vision de l’entreprise et passer à un autre niveau. Pour nous, l’écosystème de financement au Québec a été très positif ».

Le monde est notre terrain de jeux. On a de grandes ambitions, dont percer à l’international. – Joey Hébert.

MOS va dans le même sens. « Notre stratégie, dans un premier temps, était l’autofinancement et de ne pas laisser aller une seule part d’entreprise avant un moment charnière, comme pour lancer la production. Cette stratégie a du bon et du moins bon. C’est la stratégie des petits pas, on va tranquillement en étant conscient de notre environnement. Mais là, je veux que ça bouge et que ça aille de l’avant, avec des défis supplémentaires. » Joey Hébert soutient que les deux entrepreneurs, Ferreol et MOS, sont entrés au bon moment dans l’appareil subventionnaire au Québec. Les deux proposaient des produits innovants faits d’aluminium. C’était aidant.

« Depuis les 2-3 dernières années, c’est plus complexe. Et cela concorde avec le ressac de la pandémie qui a coûté excessivement cher. C’est plate parce que c’est comme si le gouvernement fermait la valve qui permettait de nourrir et faire grandir la graine qu’on avait semée. Les gouvernements fédéral et provincial ont fermé les programmes d’aide à la commercialisation et toutes les startups ne sont pas nécessairement admissibles ». Il confirme que MOS serait aussi ouvert à accueillir des investisseurs stratégiques, en lien avec son secteur d’activités, le sport ou le plein air, dans la fabrication, la production ou le marketing. « Et on n’a pas encore trouvé, du moins au Québec », mentionne Joey Hébert.

Une bouchée à la fois

Joey Hébert – MOS : « Le monde est notre terrain de jeux. On a de grandes ambitions, dont percer à l’international. On veut segmenter notre croissance. Et comme Ferreol, on a fait beaucoup de développement et on a levé beaucoup de financement, mais on est rendus à la croisée des chemins où on aura besoin d’une injection en capital pour être capable de réussir à avoir les moyens de nos ambitions. On est aussi en période de financement pour développer les marchés américains, les marchés de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Amérique du Sud, entre autres parce que notre marché est très cyclique, et où le printemps et l’été sont nos grosses périodes et on veut voir un printemps-été dans l’hémisphère sud ». Pour Joey Hébert l’Europe est un peu moins prioritaire étant donné que les comportements des consommateurs sont complètement différents.

« On pense que plus il y aura de racks sur les routes, plus cela va faire des petits. Plus les gens les voient, plus ça fait de la publicité et facilite la proximité avec le marché et on évite les intermédiaires qui ne sont pas toujours prêts à en faire la promotion. On est beaucoup plus favorable à un produit qui nous a été référé par un ami qu’une découverte sur les médias sociaux. […] nous aussi on met plus nos billes dans le développement organique. On pense que 2 ventes sur 10 vont avoir lieu parce qu’il y a plus de racks sur les routes et que les gens vont poser des questions. Pour nous, les médias sociaux, c’est une manière de communiquer les messages importants. C’est un moyen de faire vivre la marque. »

AL13 : Entre 3 et 5 ans, on voit l’évolution et la maturité d’une jeune pousse. Vos entreprises ont entre 6 et 10 ans maintenant d’existence. Est-ce que vous vous considérez encore comme des entreprises en démarrage?

Félix Lapointe – Ferreol : « Ferreol Technologie, définitivement oui. On finalise encore les étapes de précommercialisation. On commence à être une petite entreprise, un peu moins une startup pour Ferreol Skis et on passe encore énormément de temps en RD ».

Joey Hébert – MOS : « C’est subjectif comme question. À mon avis, quand tu commences à avoir une certaine rentabilité, un cash-flow prévisible, des processus clairs, là tu passes à autre chose. Nous, on n’a pas encore ce support financier pour faire de la RD comme une entreprise établie.

On a à peine deux ans de commercialisation depuis 2017, donc on est encore au stade de startup. On teste encore certains segments, la façon de les aborder. On n’a pas encore défini tous ces processus », déclare Joey Hébert.

AL13 : À ce stade-ci de votre évolution, que retenez-vous de votre parcours entrepreneurial jusqu’à maintenant?

Félix Lapointe – Ferreol : « On a appris que l’innovation ne vient pas juste de la technologie, mais de la compréhension profonde des besoins réels des utilisateurs. Le Scalium™ n’existerait pas si on n’avait pas d’abord voulu faire de meilleurs skis pour nos conditions de neige au Québec ».

Joey Hébert – MOS : « La persévérance , c’est probablement la qualité la plus importante. On a eu des moments où on pensait tout arrêter, mais notre conviction que le problème méritait d’être résolu nous a portés. Maintenant, quand je vois nos racks sur les routes, je me dis que ça valait la peine ».

Les histoires de MOS et Ferreol mettent en lumière un aspect crucial de l’entrepreneuriat technologique : la capacité à persévérer face aux obstacles imprévus. La vie d’une entreprise n’est pas un long fleuve tranquille. Il faut être en mesure de reconnaître les notions de risque, d’incertitude, d’obstacle et même d’erreur.

Les deux entreprises ont su aller chercher les ressources nécessaires pour faire avancer leurs produits, en utilisant les potentiels qu’offre l’écosystème d’innovation québécois qui rejoint les préoccupations des entrepreneurs. Chaque rencontre réalisée leur a aussi permis de partager des expériences et des défis communs, même s’ils ne vivaient pas les mêmes réalités, avec d’autres chefs d’entreprises, ce qui les a fait grandir, en tant qu’individus et entrepreneurs. Et notre spécialiste en entrepreneuriat, Louis Dussault abonde dans le même sens :

Un avenir prometteur

Leur parcours rappelle que derrière chaque innovation se trouvent des individus passionnés , prêts à investir des années de leur vie pour transformer une idée en réalité commerciale. C’est cette combinaison de passion, de persévérance et d’excellence technique qui va alimenter l’écosystème de l’aluminium québécois pour les décennies à venir.

« Ferreol, dans les prochaines années, sera bien positionné dans le marché du ski alpin, un marché en santé, parce qu’un engouement pour le sport s’est amorcé avec la pandémie. Notre objectif est de surfer là-dessus pour assurer notre croissance à l’international. C’est certain que ce n’est pas un marché qui a une forte croissance, année après année. C’est plutôt un marché qui se maintient. Cependant, notre vision des choses, c’est que nous serons en mesure d’aller chercher une certaine croissance, parce que nous irons chercher de nouvelles parts de marché à l’international. C’est comme ça que l’on va se positionner et capitaliser notre croissance. C’est certain que pour les prochaines années, on va vouloir développer de nouveaux produits qui vont adresser certains angles morts qu’on voit dans l’industrie ou répondre à différents segments de clientèle. On reste ouverts à l’innovation et l’intégration de nouveaux matériaux, comme la fibre de lin qu’on a intégré pour remplacer les fibres synthétiques comme le verre et le carbone par une fibre naturelle. Cela nous a permis de réduire de 35 % l’empreinte carbone de notre ski tout en maintenant les standards recherchés de performance mécanique.

C’est une des choses que l’on va essayer de pousser dans nos différents modèles de skis pour développer des skis qui répondent aux performances sur neige, mais aussi aux critères environnementaux, à haut potentiel de recyclabilité », affirme Félix Lapointe.

Pour ce qui est de Ferreol Technologies, leur premier produit, le Scalium™ sous forme de feuille mince en bobine pour desservir le marché de l’équipement sportif va évoluer vers de la plaque plus épaisse, des grosses plaques d’aluminium laminé; ce qui va nous permettre de répondre à des marchés plus névralgiques comme l’aérospatial, notamment, pour être en mesure d’usiner de grosses pièces d’avion pour qu’elles soient plus légères avec le Scalium™. Le Scalium™ est en train de se faire décliner en tout plein de recettes pour bien accommoder nos marchés. Le Scalium™ a le potentiel pour venir substituer les alliages d’aluminium les plus résistants qui existent déjà et aussi potentiellement les alliages de titane dans certaines circonstances, parce que Scalium™ a une résistance spécifique vraiment élevée.

Pour sa part, Joey Hébert mentionne trois orientations qui vont faire croître le marché de MOS. Dans un premier temps, la population vieillissante . D’ici 2030, près de 30 % de la population nord-américaine sera âgée entre 65-75 ans. 35 à 40 % de cette population sera toujours active physiquement. « Ce sera la première fois de l’histoire que la population la plus âgée sera active le plus longtemps. Cela va amener des besoins. Dans notre mission de faciliter l’accès au plein air pour les gens, cet aspect sera l’une des lignes directrices à suivre pour les 5 prochaines années.

La deuxième orientation cible 56 % de la population qui vit dans un centre urbain à travers le monde. Ces gens qui sont en ville utilisent leur vélo la semaine, mais veulent aussi sortir les fins de semaine avec leur véhicule pour aller au chalet, à la montagne, faire des activités en plein air : vélo, camping, ski, etc. Donc, nous, on va leur permettre de faciliter les trajets domicile-travail la semaine et l’exode rural le weekend. Ça va donc s’introduire dans nos démarches.

Et comme troisième direction, il y a le tourisme d’aventure. Aux États-Unis, seulement l’an dernier, il s’est vendu 150 000 véhicules de classe B, la vanlife! Des gens partent et font de l’overlanding. Ils télétravaillent à distance, dans leur véhicule. Le Québec est très en retard par rapport au reste de l’Amérique du Nord, mais c’est une tendance qui est en grande évolution », signale Joey Hébert.

Pour MOS, ces trois voies sont des perspectives de croissance et d’avancement pour les cinq prochaines années. « Ce sont nos trois orientations stratégiques. Notre mission va toujours être de développer des produits qui vont permettre aux gens actifs de vivre leurs activités extérieures sans compromis et limites ».

Notre spécialiste en entrepreneuriat, Louis Dussault, directeur général du CEE-UQAC estime qu’« aujourd’hui en 2025, une entreprise en démarrage se doit, dès ses premières années d’existence, d’être en mesure de développer une vision globale, incluant l’atteinte des marchés internationaux. […] le succès n’est pas gratuit et nécessite du travail et du temps pour créer de bonnes assises ».

L’aventure de MOS et Ferreol et le chemin parcouru à ce jour démontrent que l’innovation dans le domaine de l’aluminium ne se limite plus aux grandes entreprises établies. Ces entreprises émergentes véhiculent une approche rafraichissante, centrée sur les besoins réels des utilisateurs et n’hésitent pas à repenser complètement les approches traditionnelles.

Aucun doute, ces deux jeunes entrepreneurs sont des exemples à calquer. Ils sauront en inspirer d’autres à franchir le pas de la transformation de l’aluminium.

Lors de sa traditionnelle Grande entrevue, l’équipe d’AL13 s’est déplacée dans les locaux de Ferreol Skis pour rencontrer tous les membres des équipes de MOS et Ferreol : Frédéric Laurin-Lalonde – Fondateur et Designer industriel MOS, Félix Lapointe – Cofondateur de Ferreol, Joey Hébert – Fondateur et président de MOS, Paul Gilbert – Co-fondateur de Ferreol, Jonathan Audet – Cofondateur de Ferreol, Amanda Bilodeau – Responsable de l’administration générale de MOS et Étienne Boucher – Cofondateur de Ferreol.