par Jonathan Thibeault

Luigi Bouchard, le nouveau vice-recteur à la recherche, à la création et à l’innovation de l’Université du Québec à Chicoutimi. (Photo de courtoisie)
Arrivé en poste depuis moins de deux semaines, Luigi Bouchard découvre encore l’environnement et les équipes de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) lorsqu’il se retrouve plongé au cœur des Rendez-vous de la recherche et de la création. Pour le nouveau vice-recteur à la recherche, à la création et à l’innovation, les événements servent d’accélérateur. En quelques jours, il passe de la prise de repères à une lecture globale et opérationnelle de l’écosystème universitaire.
Originaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, formé en biochimie et en génétique, Luigi Bouchard a amorcé sa carrière de chercheur en 2008 après un parcours d’études à l’extérieur de sa région natale. Recruté initialement dans le cadre du partenariat de formation médicale entre l’Université de Sherbrooke et l’UQAC, il s’est rapidement intéressé aux maladies génétiques rares surprévalentes dans la région. « Comme j’étais originaire d’ici, je me suis rapidement intéressé aux problèmes de santé qui nous sont propres », explique-t-il. Ce souci d’ancrage territorial marque la suite de son parcours.
Au fil des ans, il cumule responsabilités scientifiques et administratives, notamment en étant à la tête de la Biobanque Génome Québec et CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean . Mais c’est aujourd’hui un autre rôle qu’il occupe : celui de chef d’orchestre d’un écosystème de recherches complet, allant des sciences fondamentales aux arts, en passant par le génie et les partenariats industriels.
Une immersion révélatrice
Sa première semaine officielle coïncide avec la tenue de la quatrième édition des Rendez-vous de la recherche et de la création. L’événement est révélateur pour lui. « Même si j’étais à 500 mètres en bas de la côte, à l’Hôpital de Chicoutimi, je n’étais pas conscient de l’ampleur de la recherche qui se faisait dans les autres secteurs à l’UQAC », admet-il.
Pendant les cinq jours qu’ont été la semaine thématique, il multiplie les rencontres avec les départements, assiste aux concours étudiants et observe le maillage entre chercheurs, partenaires industriels et communauté. La journée portes ouvertes attire des étudiants du secondaire et du collégial; les laboratoires débordent. Les concours, dont « Ma thèse en 180 secondes », mettent en lumière une relève engagée et capable de vulgariser des enjeux complexes. Pour le vice-recteur, cette immersion accélérée lui permet de comprendre la diversité des expertises de l’UQAC bien plus rapidement qu’il ne l’aurait imaginé. « En cinq jours, j’ai probablement fait autant de travail que j’aurais mis six ou huit mois à faire autrement », croit-il. Au-delà des chiffres, c’est la culture de collaboration qui le frappe.
Comprendre la recherche partenariale
Issu du milieu de la santé, Luigi Bouchard connaissait déjà les collaborations avec l’industrie pharmaceutique. Toutefois, il découvre à l’UQAC un modèle différent : une recherche partenariale structurée autour de la co-construction technologique entre les chercheurs et les organisations.
« C’est vraiment un partenariat d’égal à égal, un partenariat qui vise à développer des nouvelles technologies et à rendre nos industries régionales plus performantes », résume-t-il.
Dans cette approche, l’université ne se limite pas à produire des rapports. Elle travaille en amont des procédés, intervient sur les paramètres techniques, optimise des chaînes de production ou développe de nouvelles avenues technologiques. La logique n’est pas seulement académique : elle est opérationnelle.
L’aluminium comme laboratoire d’innovation
C’est dans le secteur de l’aluminium que cette dynamique lui apparaît avec le plus de clarté lorsque vient le temps pour lui d’expliquer ce qui le frappe. Il évoque notamment les projets liés à la revalorisation des déchets de bauxite, un enjeu environnemental majeur. « Ce sont des projets qui intéressent directement l’industrie et qui ont un impact concret », souligne-t-il. D’autres travaux visent à réduire l’intensité carbone de la production. Si la région bénéficie d’une énergie hydroélectrique propre, les procédés industriels comportent encore des marges d’amélioration. L’intervention de la recherche universitaire porte alors sur l’optimisation des réactions, la réduction des pertes et l’amélioration globale de l’efficacité.
Dans cet écosystème, la recherche agit un peu comme un atelier d’ingénierie avancée branché directement sur la réalité industrielle : on identifie un irritant, on modélise, on teste, on ajuste. L’objectif est double : résoudre un enjeu environnemental et accroître la performance.
Cohésion régionale et vision stratégique
Au-delà des projets spécifiques, Luigi Bouchard articule une vision plus large. Son mandat, dit-il, s’inscrit dans une logique de cohésion régionale accrue. « Comme région, on a de grandes forces. On va en avoir encore de plus grandes si on travaille ensemble. » Universités, cégeps, centres de recherche, entreprises et partenaires institutionnels doivent, selon lui, parler d’une voix coordonnée. Cette cohésion renforce la capacité d’obtenir des investissements gouvernementaux et d’attirer des talents. Dans un contexte où la transition énergétique et la transformation numérique redéfinissent les chaînes industrielles, cette synergie devient stratégique selon le nouveau vice-recteur. La recherche fondamentale nourrit l’innovation appliquée; l’innovation appliquée renforce la compétitivité régionale.
Une nouvelle étape
Pour Luigi Bouchard, cette entrée en fonction marque le début d’un chantier structurant. Soutenir la recherche fondamentale, accélérer les retombées et consolider les partenariats industriels ne sont pas des axes distincts, mais les composantes d’un même écosystème.
« Ma motivation, c’est de supporter le développement de la recherche tant fondamentale qu’appliquée », conclut-il. À travers son regard encore neuf, l’université régionale apparaît comme un carrefour où se rencontrent expertise scientifique et développement.





