par Jonathan Thibeault
À l’occasion de la Semaine des rendez-vous de la recherche et de la création, qui se déroule du 2 au 6 février à l’Université du Québec à Chicoutimi, le magazine Al13 propose un regard sur celles et ceux qui façonnent la recherche en amont de l’innovation. Parmi eux, deux professeurs du Département des sciences économiques et administratives (DSEA) incarnent une approche résolument humaine et stratégique de la recherche appliquée aux entreprises : Rodrigue Ebata et Khalil Rhaiem.
Tous deux s’intéressent à l’innovation, mais par des chemins distincts et complémentaires. L’un, juriste de formation, s’attache à bâtir le cadre stratégique et juridique qui permet aux idées de devenir des actifs durables. L’autre, spécialiste de la stratégie, analyse les mécanismes par lesquels les organisations apprennent, notamment à partir de l’échec. Ensemble, ils proposent une lecture globale des défis auxquels font face les PME.
Des parcours différents, une même curiosité

Rodrigue Ebata, professeur en droit des affaires et la gestion de la législation du travail au Département des sciences économiques et administratives de l’UQAC (Photo de courtoisie).
Professeur en droit des affaires au DSEA, Rodrigue Ebata est avocat et membre du Barreau du Québec. Après une maîtrise en droit des affaires à l’Université de Montréal et un doctorat en droit à l’Université Laval, il s’est spécialisé dans la gouvernance des PME, la résilience organisationnelle et le droit comme ressource stratégique. Une approche interdisciplinaire qui s’inscrit au croisement du droit et des sciences de la gestion.
Son intérêt pour la recherche s’est cristallisé dès la maîtrise. « En réalité, on prend conscience de l’ignorance qu’on a, et que cette ignorance dépassera toujours la connaissance qu’on possède, ce qui me pousse à être curieux », explique-t-il. Cette curiosité intellectuelle constitue aujourd’hui le moteur de son engagement universitaire, tant dans la production que dans la transmission du savoir.

Khalil Rhaiem, professeur régulier de stratégie au Département des sciences économiques et administratives de l’UQAC (Photo de courtoisie).
De son côté, Khalil Rhaiem est professeur de stratégie au DSEA depuis 2022. Son parcours est celui d’un chercheur issu du milieu universitaire, de la maîtrise au doctorat à l’Université Laval. Avant de se joindre à l’UQAC, il a été affilié à la chaire de recherche en innovation et développement régional à HEC Montréal et a œuvré comme consultant en innovation chez Pratt & Whitney Canada.
Spécialisé en stratégie d’innovation, en apprentissage par l’échec, en innovation durable et ouverte ainsi qu’en gestion stratégique des connaissances, Khalil Rhaiem reconnaît que le chemin vers la recherche n’a pas été sans doutes. « C’est un métier universel. À un certain moment, lorsqu’on est chercheur, on parle tous le même langage, peu importe le pays », souligne-t-il, évoquant une vocation qui s’est affirmée avec le temps.
Comprendre l’innovation pour mieux la structurer
Bien que leurs disciplines diffèrent, les travaux des deux chercheurs convergent autour d’un même objectif : aider les organisations à innover de manière plus structurée et résiliente.
Rodrigue Ebata s’emploie à déconstruire l’idée selon laquelle le droit serait uniquement une contrainte. « Mon travail, c’est de montrer que le droit n’est pas un outil de contrainte, mais d’abord un outil stratégique », affirme-t-il. La propriété intellectuelle, notamment, joue selon lui un rôle clé en amont de l’innovation. Elle permet de structurer les projets, de sécuriser les idées et de les transformer en véritables actifs stratégiques.
Khalil Rhaiem, pour sa part, s’intéresse à l’échec comme levier d’apprentissage. À partir de données empiriques recueillies auprès de centaines de PME québécoises, il démontre que l’échec n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
« La conclusion principale, c’est qu’il faut échouer. L’échec est une bonne nouvelle », résume-t-il. Lorsqu’il est analysé et intégré, l’échec renforce les capacités d’innovation et permet aux entreprises d’anticiper les risques futurs.
Cette complémentarité se manifeste particulièrement dans leur vision commune de la propriété intellectuelle. Les essais et erreurs analysés par Khalil Rhaiem produisent des innovations qui doivent être protégées et valorisées par le cadre juridique mis de l’avant par Rodrigue Ebata. Ce cadre permet notamment d’exclure les concurrents, de monétiser l’innovation et de collaborer de manière sécurisée dans des modèles d’innovation ouverte.
Une recherche loin des stéréotypes
Contrairement à l’image classique du chercheur isolé dans un laboratoire, Rodrigue Ebata et Khalil Rhaiem travaillent avant tout avec des humains : entrepreneurs, dirigeants et acteurs institutionnels. Leurs objets d’étude sont immatériels : stratégies, normes, connaissances, mais leurs impacts sont bien réels indiquent-ils. Cette réalité comporte toutefois ses défis. En sciences sociales, l’accès au financement demeure compétitif. « Plus de 80 % des fonds sont attribués à la recherche appliquée et expérimentale », note Khalil Rhaiem, évoquant la pression constante pour démontrer la pertinence d’idées souvent moins tangibles. Pour Rodrigue Ebata, cela ne diminue en rien la portée de leurs travaux. Les stratégies qu’ils contribuent à façonner influencent directement la création de valeur, l’innovation et l’emploi au sein des entreprises.
Un ancrage régional assumé
Arrivés récemment à l’UQAC, les deux chercheurs souhaitent inscrire leurs travaux dans les réalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
La Semaine des rendez-vous de la recherche constitue pour eux un espace d’échange privilégié afin de présenter une vision multidimensionnelle de l’innovation.
Le Laboratoire de recherche en entrepreneuriat et PME (LAREPME), qu’ils ont contribué à mettre en place, illustre cette volonté de rapprocher la recherche de terrain. Leur ambition : traduire des connaissances scientifiques de calibre international en solutions concrètes et personnalisées pour les entreprises de la région.« L’innovation concerne la société civile dans son ensemble, toutes les parties prenantes », résume Rodrigue Ebata. Une vision qui place l’humain au cœur de la recherche, bien au-delà des stéréotypes.