par Nathalie Ménard
AL13 a appris qu’Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE) avait amorcé un important virage afin de faire de sa plateforme ExplorerPI, lancée en 2019, dans le cadre d’une stratégie nationale en propriété intellectuelle au Canada, une vitrine nationale des technologies publiques et privées et des expertises canadiennes, plutôt qu’une simple base de données de propriétés intellectuelles (PI) publiques.
« L’objectif est de mieux refléter la réalité du développement technologique au Canada, en donnant une place centrale aux entreprises privées innovantes et à leurs partenaires de recherche. La plateforme évolue ainsi vers un outil de promotion, de valorisation et de maillage industriel au service de la commercialisation des innovations canadiennes », précise l’agent principal de sensibilisation et de partenariat chez ISDE, Samuel Archambault.
Cette réorganisation se traduit concrètement par un repositionnement vers le secteur privé, tout en conservant les technologies publiques déjà présentes. C’est aussi une approche axée sur les avantages et les applications des technologies plutôt que sur la description technique ou juridique de la PI, de même qu’une intégration progressive avec les initiatives fédérales de soutien à la commercialisation, afin d’orienter les visiteurs vers les technologies prêtes pour le marché. On vise ainsi la simplification du processus de publication pour permettre à un plus grand nombre d’organisations canadiennes (OBNL, centres d’innovation, accélérateurs, etc.) de présenter les technologies de leurs membres.
À ce jour, 71 d’entre elles ont permis de recenser et de proposer plus de 5500 avancées technologiques provenant majoritairement du secteur public. Parmi elles, 9 organisations provenant du secteur privé se sont récemment jointes, comme le Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA).
Le nombre devrait tripler au cours de la prochaine année, afin de mettre en valeur les innovations des entreprises canadiennes et de leur donner un support additionnel dans leurs efforts de commercialisation. « On va aussi relier les innovations canadiennes issues de l’important volume de recherches (RD), publique et privée, aux entreprises et aux marchés susceptibles de les adopter », mentionne Samuel Archambault.
En prenant ce tournant, à la demande du milieu industriel et des organisations partenaires du réseau d’innovation qui ne se reconnaissaient pas dans la version initiale du site, ISDE a choisi de repositionner ExplorerPI comme une vitrine ouverte et accessible, mettant l’accent sur la promotion des technologies, le réseautage et la valorisation économique de l’innovation canadienne à l’international, qui présente une description des avantages et caractéristiques qui les démarquent de ses concurrents, en valorisant l’inclusion des avancées technologiques industrielles.
Pour bien vulgariser ExplorerPI, AL13 a soumis une série de questions à Samuel Archambault d’ISDE pouvant éclaircir certaines des interrogations de nos lecteurs et entreprises intéressés à y adhérer. Il s’est généreusement prêté à l’exercice.
Y a-t-il une valeur ajoutée ou un bénéfice direct, pour une entreprise du secteur de l’aluminium, à adhérer à ExplorerPI?
Samuel Archambault : « Sans aucun doute. Que ce soit en transformation, recyclage, procédés de production, automatisation, alliages ou matériaux avancés, ExplorerPI offre une valeur stratégique immédiate à toute entreprise innovante évoluant dans un des secteurs technologiques stratégiques comme l’aluminium. Ses principaux avantages sont :
- Visibilité nationale et internationale par le biais d’une vitrine officielle du gouvernement du Canada;
- Crédibilité et confiance;
- Rester informé des avancées technologiques dans votre secteur;
- Développement de nouvelles technologies ou amélioration d’une de vos technologies existantes;
- Collaboration avec des chercheurs spécialisés;
- Vente au gouvernement fédéral.
ExplorerPi permet aux entreprises d’accéder à des technologies déjà développées et validées, ce qui évite de repartir de zéro. En utilisant une innovation existante, elles économisent les coûts et le temps liés aux premières étapes de RD, souvent longues et risquées. Plus le niveau de maturité technologique (NMT/TRL) est bas, plus le risque d’échec est élevé; il peut atteindre jusqu’à 90 % pour un NMT de 1. En misant sur des technologies avec un MNT plus avancé (MNT 3-4+, prototype démontré à la commercialisation active, suffisamment définie pour susciter un intérêt concret), les entreprises réduisent considérablement les risques, accélérant le développement technologique et raccourcissant le délai de mise sur le marché, tout en profitant des investissements déjà réalisés par d’autres ».
Quelles formalités pour inscrire une innovation?
Samuel Archambault : « Les entreprises ne peuvent pas promouvoir elles-mêmes leurs technologies sur ExplorerPI. Elles doivent passer par une OBNL admissible, comme le CQRDA qui possède un portefeuille aluminium sur la plateforme fédérale.
Toutes les organisations canadiennes à but non lucratif (OBNL) soutenues par les gouvernements fédéral et provincial pour aider les entreprises en RD sont admissibles à présenter les technologies de leurs membres sur la plateforme, comme le CQRDA pour tout ce qui touche l’aluminium.
Peut-on choisir le niveau de visibilité (Résumé, brevet complet, documentation technique)?
Samuel Archambault : « Oui. Lors de la soumission d’une technologie, l’organisation choisit le niveau de détails à publier, soit un résumé général (vitrine publique), soit un lien vers le brevet complet (optionnel), soit des documents techniques ou démonstration (selon la stratégie de diffusion). Cependant, puisqu’ExplorerPI pivote vers une vitrine technologique, nous vous invitons à décrire tout le potentiel de vos technologies, des avantages, des problèmes résolus par vos innovations, ce qui les différencie des autres technologies disponibles plutôt que les détails techniques. En bref, dites-nous ce que votre technologie peut faire plutôt que comment vous l’avez fait.
« ExplorerPi ne publie que les informations que le détenteur de PI souhaite rendre publiques. Les brevets ou droits sont déjà enregistrés ou en processus de dépôt. La plateforme n’exige aucune divulgation technique détaillée. Le détenteur conserve l’entière propriété et le contrôle de sa PI ».
Quelles garanties qu’une innovation partagée ne sera pas utilisée sans licence ou sans compensation?
Samuel Archambautlt : « La plateforme agit comme vitrine, pas comme dépôt ou transfert automatique; Les échanges commerciaux et de licence se font directement entre les parties, sur la base d’un accord de licence formel et surtout, ExplorerPi ne participe pas aux négociations d’octroi de licence ».
Y a-t-il des frais d’adhésion, de mise en ligne, de maintenance?
Samuel Archambault :« Non. ExplorerPi est gratuit pour les organisations éligibles et leurs membres (OBNL, université, centres de recherche, entreprises soutenues par des programmes publics). Et il n’y a aucuns frais cachés liés à cette plateforme ».
Espérant que ces quelques précisions sauront vous être utiles, le CQRDA et AL13 vous invitent à discuter directement avec Samuel Archambault, d’ISDE, lors du webinaire sur la plateforme ExplorerPi, prévue le 3 décembre prochain, de 10 h à midi.


