par Jonathan Thibeault
À Mont-Laurier, Construction Éco-bâtiment a réalisé une première mondiale avec un multiplex entièrement construit en aluminium modulaire. Soutenu par le système ACAL et des partenaires de l’industrie, ce projet laisse entrevoir une évolution majeure dans le secteur immobilier québécois.
La construction modulaire, qui consiste à préfabriquer en usine des modules habitables pour ensuite les assembler sur le chantier, gagne rapidement en popularité au Québec. Ses promesses en matière de rapidité, de contrôle de qualité et de performance énergétique attirent de plus en plus d’entrepreneurs, notamment en région.
« On a senti que c’était de plus en plus difficile de trouver de la main-d’œuvre qualifiée en Haute-Laurentides, ce qui nous a poussés à repenser nos façons de construire », explique Miguel Vaillancourt, président de Construction Éco-bâtiment. Propriétaire d’un holding immobilier, l’entrepreneur a mis sur pied une nouvelle entité pour expérimenter cette technologie.
Une innovation québécoise
La rencontre avec Alain Cully, concepteur du système ACAL, a été déterminante. Ce dernier, en collaboration avec AluQuébec et son Centre d’expertise en innovation de l’aluminium, a développé une structure portante en aluminium encapsulée dans de l’isolant rigide, évitant ainsi les ponts thermiques dépassant toutes les exigences du Code Nationale du Bâtiment en vigueurs.
« C’est une technologie qui conjugue durabilité, efficacité énergétique et fabrication locale », soutient Stefan Vuillemenot Perrey, président d’ACAL System.
Le premier bâtiment érigé à Mont-Laurier compte six logements. Tous les modules ont été préassemblés en usine, puis transportés et posés comme des « blocs Lego » sur le site.
« Ce projet a été réalisé en un temps record. En quatre mois, nous avons complété ce qui prend normalement 8 mois », indique Miguel Vaillancourt.
Cette utilisation stratégique de l’aluminium dans un tel projet de construction s’accompagne de réductions de coûts opérationnels, notamment en chauffage, tout en permettant une occupation plus rapide des logements et une rentabilité accélérée pour les investisseurs.

Les Lofts de l’aluminium a remporté le prix Eureka ! décerné par Écotech Québec en 2024 dans la catégorie Immobilier. (Photo de courtoisie)
Un matériau aux multiples vertus
« L’aluminium, un matériau stratégique pour le Québec, produit et transformé localement avec une faible empreinte carbone grâce à l’hydroélectricité », rappelle M. Vuillemenot Perrey. La structure entièrement en aluminium permet aussi de réduire les coûts d’assurance. « Desjardins nous a accordé une prime 40 % inférieure à celle d’une structure en bois », ajoute M. Vaillancourt.
Le système ACAL est conçu pour répondre aux normes futures en matière d’efficacité énergétique en réaction aux changements climatique et couts croissant de l’énergie. Il est également adapté aux conditions extrêmes climatiques du Grand Nord canadien. « Le bois utilisé dans les parties structurelles exposées se dégrade rapidement dans ces contextes. L’aluminium, encapsulé et sans pont thermique, assure la durabilité », souligne le président d’ACAL.
Le carnet de commandes d’ACAL System témoigne de l’engouement du marché pour leur solution permettant la construction d’immeubles pouvant atteindre six étages avec des coûts particulièrement compétitifs par rapport à toutes les autres méthodes de construction disponibles sur le marché.
Une construction plus propre

Construit avec de l’aluminium produit avec l’énergie verte québécoise, ce bâtiment durable est jusqu’à deux fois moins long à construire qu’un édifice normal, contribuant à la réduction de son empreinte carbone. (Photo de courtoisie)
Au-delà de l’aspect technique, la démarche se veut aussi environnementale.
« On génère peu de déchets sur les chantiers et tout est conçu pour être recyclable ou réutilisable à long terme », explique-t-il.
L’entreprise met en avant une logique de construction industrielle, à l’image de l’automobile, pour contrer les inefficiences du secteur traditionnel. Messieurs Vuillemenot Perrey et Vaillancourt ont également tenu à rappeler que la construction traditionnelle représentait plus de 30 % des matières envoyées à l’enfouissement au Québec. À l’inverse, l’aluminium et le concept de murs structuraux à haute efficacité énergétique, entièrement recyclable, permet de minimiser considérablement ces rebuts.
Un deuxième projet de 18 logements est déjà en discussion pour Construction Eco-Bâtiment, avec des coûts estimés à environ 147 $ du pied carré. « Le modulaire ne convient pas à tous les types de projets, mais pour les 6 logements et plus, les gains de temps et de qualité sont notables », estime Miguel Vaillancourt. Pour lui, il est évident que l’avenue du modulaire et de l’utilisation de l’aluminium dans ses projets ont d’énormes avantages, à tel point que ses futures constructions pourraient en grande partie adopter cette méthode.
Un levier pour bâtir autrement
Soutenu par AluQuébec et le Fonds Rio Tinto de la Vallée de l’aluminium, le projet montre que la construction modulaire en aluminium pourrait être un levier de développement durable, tout en répondant à la crise du logement et aux défis climatiques.
« Ce n’est pas juste une nouvelle façon de bâtir, c’est une réflexion globale sur la manière dont on conçoit et valorise nos ressources locales », conclut le président d’ACAL System.