par Jonathan Thibeault
De plus en plus présent dans des projets architecturaux au Québec, l’aluminium se taille une place dans les constructions de demain. Pour l’architecte Guillaume Pelletier et l’ingénieur Marc Oudjene, ce matériau local et durable pourrait transformer en profondeur les pratiques du secteur, surtout s’il parvient à être utilisé davantage dans l’industrie, notamment dans la portion structure.
La construction des Lofts de l’aluminium à Mont-Laurier, un multiplex modulaire réalisé en grande partie avec de l’aluminium, marque un tournant dans le parcours de Guillaume Pelletier, architecte montréalais.
« J’ai toujours eu un fort intérêt pour l’habitation. Avec la crise du logement, le gouvernement cherche des solutions, et le modulaire en fait partie. Nous avons été approchés pour développer un concept multi-résidentiel en aluminium. Ce projet à Mont-Laurier a été un premier essai, concluant », raconte-t-il.

Les Lofts de l’Aluminium est la réalisation d’un ensemble immobilier d’une surface totale de 600 m² comprenant 6 logements répartis sur 3 niveaux. La structure du bâtiment est en aluminium. (Photo de courtoisie)
Conçu avec le système ACAL, le bâtiment repose sur une structure d’aluminium combinée à des isolants rigides pour maximiser la performance énergétique. L’aluminium, produit au Québec et recyclable à 100 %, y remplace le bois dans les parties critiques de la structure.
« L’aluminium est facile à travailler, précis au millimètre et beaucoup plus léger. Cela entraîne moins de tassements structurels et permet des économies sur les fondations, le levage et le transport », explique Marc Oudjene, ingénieur chez B2A Experts Conseils.
Des bâtiment nécessitant moins d’entretien
Les avantages techniques sont nombreux : résistance à la corrosion; absence de déformation; meilleure tenue au feu, puisque la structure est encapsulée; intégration facilitée en usine. Mais le défi principal est d’ordre culturel.
« Au Québec, on est encore très attaché à des volumes carrés, très rationnels. Or, l’aluminium permettrait des formes audacieuses. Au Japon, on voit des modules de formes courbes en aluminium. Il faudrait oser davantage », croit M. Pelletier.
Un autre avantage notable de l’aluminium est sa capacité à réduire les risques liés à l’humidité et aux moisissures, en particulier dans les climats extrêmes. « Contrairement au bois, il ne se dégrade pas avec les variations thermiques. On peut même envisager son usage dans le Grand Nord canadien, là où les constructions en bois ne sont pas la norme étant donné que climat polaire et plus extrême », précise M. Oudjene.
Oser davantage les formes en bâtiment, grâce à l’aluminium
Guillaume Pelletier milite pour une intégration urbaine plus riche du modulaire, en opposition aux « cages à poules », c’est-à-dire les structures cubiques ou rectangulaires découlant des limitations techniques du bois. « Il faut voir le modulaire comme un système d’intégration, pas comme une solution terne ou temporaire. Et l’aluminium peut y contribuer, car il ouvre des possibilités de design et de jouer avec les formes », ajoute-t-il.
L’utilisation de l’aluminium dans l’architecture reste encore marginale au Québec, mais la tendance pourrait changer.
« En Europe, l’aluminium est plus largement adopté dans les structures. Au Québec, les gens n’ont pas encore vu assez de projets emblématiques pour s’y rallier. Il faut les montrer, en parler, démontrer les avantages », soutient M. Oudjene.
Des initiatives gouvernementales viennent toutefois soutenir cette transition. Le ministère de l’Économie et de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) a investi 300 000 $ dans un projet de recherche piloté par la Chaire système constructif et industrialisé de l’Université Laval. « Cela démontre une volonté politique. Tout comme la charte du bois en 2015, la stratégie québécoise sur le développement de l’aluminium vise à créer un effet d’entraînement », affirme l’ingénieur, également impliqué au sein de la Chaire.
Selon les deux experts, la prochaine étape est d’impliquer les grands donneurs d’ouvrage publics et parapublics dans cette transformation. « Le gouvernement peut devenir un acheteur et jouer un rôle d’entraînement dans l’adoption de ces systèmes. Cela changerait la donne à grande échelle », affirme M. Oudjene.
Un CPE modulaire bientôt en construction
Les prochains projets, comme la construction d’un CPE en aluminium modulaire à Saint-Eustache, pourraient servir de vitrines puisqu’il s’agirait du premier bâtiment du genre à être préfabriqué en utilisant également le système d’aluminium.
« C’est le début d’une nouvelle ère. On est en train de faire les premiers prototypes. On veut d’autres projets, mais on veut qu’ils soient uniques, audacieux, porteurs d’identité », affirme l’architecte.
La construction durable, l’efficacité énergétique et la volonté de repenser les modes de production poussent de plus en plus d’acteurs à s’intéresser à l’aluminium. « L’acier reste peu promu par le gouvernement. Le bois et l’aluminium sont les matériaux stratégiques soutenus. Il est temps de sortir du cadre et d’oser », conclut Marc Oudjene.