Par Nathalie Ménard
Depuis maintenant un an, Dominique Girard préside le conseil d’administration du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA). Et déjà, elle laisse sa marque sur l’organisation, avec une force et une détermination inébranlable, en introduisant une cure de jouvence ambitieuse et en insufflant un vent de renouveau. Assistée par le conseil d’administration, elle voit grand. Très grand!
Après quelque 30 ans de présidences masculines, à la suite des Gérard Arguin, Bernard Angers, Jean Paré, Dominique Bouchard et Gheorghes Marin, ce petit bout de femme, plus grande que nature, s’impose avec sa passion, son intégrité et son goût des défis. Elle a pris en main la barre de ce grand bateau et entend bien le mener loin.

Un entretien avec Dominique Girard, première femme à la présidence du Conseil d’administration du CQRDA.
Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie
« L’aluminium québécois, c’est un pilier de l’économie du Québec, un pivot de la prospérité durable et d’une diplomatie industrielle forte. L’aluminium est bien plus qu’un métal pour le Québec. C’est un levier de souveraineté économique. C’est un vecteur de développement régional et un catalyseur de transition énergétique. Aujourd’hui, notre industrie est confrontée à une crise sans précédent dans ses relations commerciales avec les États-Unis », soutient Dominique Girard.
Elle n’hésite pas à affirmer que l’aluminium, c’est un métal noble, un joyau. Les données ne traduisent cependant pas cela. « Selon des données de Statistiques Canada, les exportations d’aluminium primaire s’élevaient à près de 14 G$ en 2024, dont 90 % étaient exportées aux États-Unis. L’aluminium primaire représente environ 13 % des exportations manufacturières du Québec au cours de la même année. Le PIB nominal du Québec devrait atteindre les quelque 630 G$ en 2025, une augmentation d’environ 3,8 % par rapport à 2024 (Budget 2025-2026 du Québec), alors que la production d’aluminium primaire, dans le PIB nominal, avait une part estimée à environ 1,7 % en 2024 et le même pourcentage pour 2025 » mentionne-t-elle à titre d’information.
« Qu’est-ce qu’on fait de mal vis-à-vis d’un matériau si prometteur »?
Son argumentaire en faveur de l’aluminium québécois ne date pas d’hier. En effet, elle forge son credo à l’aluminium pendant plus de trois décennies consacrées à œuvrer dans ce secteur d’activités. « Ma carrière s’est entièrement déroulée dans le domaine de l’aluminium. J’ai eu la chance de travailler chez Rio Tinto, dont 23 ans au sein d’Alcan. À cette époque, il était encore possible et même valorisé de faire sa carrière au sein d’une même entreprise. Cela m’a permis de progresser en occupant des postes clés – aux opérations où l’on apprend la rigueur du terrain et l’importance de chaque geste, aux approvisionnements, un passage permettant de comprendre l’importance de la chaîne d’approvisionnement, puis l’ingénierie où l’on conjugue savoir-faire technique et capacité d’adaptation ».

Selon la présidente du CA, l’aluminium se doit d’être un élément davantage intégré aux stratégies économiques du Québec. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie
Son ode au métal gris, elle l’étend maintenant auprès du CQRDA qui doit devenir « un outil d’action économique ». Selon Dominique Girard, le CQRDA incarne le trait d’union entre la science, l’industrie et l’État, au service d’une souveraineté industrielle québécoise fondée sur l’aluminium vert, l’innovation et la création de richesse locale. Le CQRDA est le moyen pour connecter ces trois pôles incontournables et intimement liés, de même que les enjeux qu’ils sous-tendent. « On peut contribuer à démocratiser ces maillages », précise le président-directeur général du Centre, Gilles Déry, présent à l’occasion de la Grande entrevue d’AL13.
L’industrie de l’aluminium représente une force motrice pour le commerce international, un moteur pour la création d’emplois bien rémunérés et un levier pour le développement des régions ressources.
De grands défis à relever
La présidente du conseil d’administration du CQRDA soutient que l’industrie a de grands défis à relever, dont celui concernant « la main-d’œuvre, qui souffre d’une pénurie de personnel qualifié, en raison du vieillissement des employés dans le domaine de l’aluminium et qui compte d’ailleurs, une faible représentation de femmes.
À ce sujet particulièrement, Dominique Girard souligne, en référence à sa carrière, que « le fait d’être une femme dans un milieu industriel encore largement masculin a été un défi qui m’a suivi de manière constante. Il fallait maîtriser son rôle et prouver qu’on méritait d’y être. Il fallait être irréprochable, travailler plus fort, anticiper davantage pour gagner la crédibilité et le respect ». Un poids invisible, mais bien présent que les femmes de sa génération ont dû porter.
La présidente du CA avoue que cela lui a tout de même permis de se forger une force intérieure lui permettant de transformer cet obstacle en moteur, faisant en sorte qu’elle ne s’est jamais laissé décourager. « Chaque défi relevé, chaque poste obtenu, chaque projet mené à terme (Projets majeurs : Kitimat, l’acquisition des équipements pour l’atelier de scellement des anodes pour AP60 dans le nord de la France, la démolition de l’usine Shawinigan ou encore AP60 à Arvida) devenait une démonstration concrète de mes capacités. C’est là que la stratégie, l’innovation et la collaboration ont pris tout leur sens. J’ai eu la chance, au fil des années, de croiser des alliés – hommes et femmes – qui ont su reconnaître la valeur du travail bien fait, peu importe le genre de la personne qui le portait. Ces défis sont devenus des leviers de transformation personnelle et professionnelle. J’ai appris à avoir confiance en mon jugement, à tenir le cap même dans l’adversité et de la rigueur et à avoir de la persévérance ».
Dominique Girard devant la tour à pâte, lors de son mandat de chargée de projet, à la démolition de l’usine Shawinigan, en 2017. Un projet de longue haleine, qui s’est échelonné sur un an et demi de gestion et de logistique, allant du nettoyage et de la vidange des cuves d’aluminium, à la ségrégation, la récupération et la disposition des matières en vue de la démolition. (Photo courtoisie DG)
Parmi les grands chantiers de sa carrière, Dominique Girard était en charge de la démolition des vieilles salles de cuves et de la disposition des matières recyclables, à Kitimat en Colombie-Britannique, en 2017. (Photo de courtoisie DG)
Toutes ces expériences lui donnent l’envie de s’engager pour que le milieu industriel devienne plus inclusif. « Je crois en la richesse de la diversité comme source d’innovation, de créativité et de performance durable. Aujourd’hui, je m’efforce d’être une leader accessible, exigeante, mais juste, à l’écoute des talents et des réalités du terrain. Je souhaite pouvoir donner aux suivants ce que j’ai reçu en héritage au cours de cette longue carrière ».
L’équipe d’AL13 accompagné de son Président-directeur général, Gilles Déry, a invité Dominique Girard au Manoir du Saguenay, pour la réalisation de la Grande entrevue de juin 2025. Un espace emblématique de la région et de l’Alcan/Rio Tinto. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie.
Et à ces jeunes femmes qui veulent mener une carrière semblable à la sienne, Dominique Girard leur adresse quelques précieux conseils :
« Il est crucial de faire reconnaître votre compétence sans compromis. N’attendez pas que l’on vous donne la parole, prenez-la! Entourez-vous d’alliés, de mentors, de collègues de confiance. Adoptez un style de leadership authentique, mais ferme et dans des environnements parfois masculins, où l’on testera souvent vos limites, soyez claires sur ce qui est acceptable ou non, sans vous excuser d’exister », affirme-t-elle avec conviction.
Refermant cette parenthèse, elle enchaîne sur la question de l’environnement. « Malgré l’hydroélectricité, les alumineries demeurent parmi les plus grands émetteurs industriels de gaz à effet de serre (GES). On a encore beaucoup à faire. Et puis il y a aussi l’utilisation locale et québécoise de l’aluminium. Celui-ci est sous-utilisé dans les projets publics et privés au Québec. On pense également à la concurrence. Les marchés émergents de la Chine, de l’Inde et des Émirats arabes exercent des pressions sur l’industrie québécoise de l’aluminium, sans oublier les barrières tarifaires imposées par les États-Unis sur les importations canadiennes qui sont passées de 25 à 50 % », explique Dominique Girard. Elle se demande comment nous allons nous en sortir. Évidement, il faudra que l’aluminium soit encore plus présent dans des domaines comme l’automobile, les batteries, et les structures.
Elle poursuit en spécifiant qu’il faut aussi tenir compte des coûts d’investissement, en rappelant que les processus (permis, chantiers, réglementation, etc.) de développement sont longs et coûteux, mais il y a des façons de travailler les projets avec moins de lourdeur. Quant au recyclage et la traçabilité, il y a peu de recherche appliquée sur l’aluminium refondu et les systèmes utilisés sont coûteux. Enfin, les PME connaissent des difficultés pour financer des projets de RD et innovation et doivent affronter les importations à bas coûts.
Leviers pour un repositionnement stratégique
Malgré tous ces paris à relever, plusieurs leviers, plusieurs moyens d’action peuvent cependant contribuer à un repositionnement stratégique. Dominique Girard a longuement réfléchi à chacun des éléments soulevés et prend position, avec force et certitude.
« On doit accroître la transformation locale, en contribuant au développement de produits à valeur ajoutée, dans les domaines du transport, de la construction, de l’énergie, entre autres.

Leadership de l’aluminium, environnement, diplomatie industrielle, mobilisation de talents et le rôle des RSRI sont des éléments à repenser afin de repositionner l’industrie du métal gris au Québec, selon Mme Girard. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie
Le leadership en aluminium vert doit être mis de l’avant et défendu par tout l’écosystème, en favorisant l’aluminium à bas carbone dans les appels d’offres publics.
L’environnement doit occuper une place primordiale. L’économie circulaire et le recyclage sont à prioriser, en mettant en place une filière de recyclage avancé, incluant le tri intelligent, la traçabilité, la refonte et le développement de nouveaux alliages.
Les regroupements sectoriels de recherche industrielle (RSRI) ont un rôle important à jouer, car l’innovation industrielle et la RD doivent être soutenues de façon accrue, en encourageant le développement de plateformes collaboratives et en appuyant la transformation numérique.
La diplomatie industrielle doit intervenir pour positionner l’aluminium québécois dans les chaînes d’approvisionnement responsable.
La mobilisation des talents, en valorisant les métiers liés au monde de l’aluminium, la formation continue et la place des femmes, doivent être mises de l’avant.
L’aluminium doit être pleinement intégré dans les politiques publiques, notamment par l’adoption de clauses préférentielles dans les contrats publics et privés. Dominique Girard insiste : « Il faut que tous les intervenants — politiques, organisationnels, communautaires, institutionnels, ainsi que les firmes d’architecture et d’ingénierie — croient en l’aluminium et au rôle stratégique qu’il peut jouer au Québec comme à l’international. »
Elle souligne aussi l’importance de faire comprendre la notion de coût de possession :
« L’aluminium, en tant que matériau léger, durable et vert, peut sembler plus coûteux à l’achat, mais il représente un investissement judicieux à long terme. » Il doit donc être intégré dans nos devis de projets.
On se doit d’assurer la pérennité des équipementiers québécois en poursuivant et bonifiant le programme Équipementiers/clients, afin de renforcer l’amont technologique de la filière. Le succès des équipementiers et des PME rejaillit sur toute la chaîne de valeur et contribue directement au rayonnement mondial et à l’économie du Québec. « Pensons aux PCP Aluminium, STAS, EPIQ Machinerie, Dynamic Concept, Lefebvre Industri-AL, Upbrella Construction, REMAC, Ferréol et beaucoup d’autres beaux fleurons québécois. Ce sont des entreprises qui sont à l’étranger et qui sont connues et reconnues ».
Depuis 2022, le CQRDA a approuvé 21 projets au programme Équipementiers/clients.
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18 303 545 $ ont ainsi été accordés aux entreprises
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Un peu plus de 60 M$ ont été injectés par les partenaires privés des projets
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La valeur totale des projets réalisés s’élève à quelque 79 M$
L’équipe du CQRDA se compose de sept (7) sept membres établis à Chicoutimi, en plus de cinq (5) agent.e.s de développement, recherche et innovation aux quatre coins du Québec, afin d’assurer son mandat provincial et le valoriser le rayonnement de l’aluminium au Québec. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie.
Vision stratégique pour le Québec et implications du CQRDA
Pour relever tous ces défis et mettre en place ces leviers suggérés, les quatre organisations (Société de la Vallée de l’aluminium (SVA), Transal, AluQuébec et le CQRDA) ont convenu de travailler encore plus ensemble et d’utiliser les forces vives de chacun. À cet égard, Dominique Girard propose d’enrichir et renforcer le rôle du CQRDA, qui doit d’abord se positionner le Centre comme « pierre angulaire » au niveau de l’innovation du milieu de l’aluminium, comme un guichet unique en expertise aluminium, qui pourrait être intégré au Centre d’innovation en centralisant l’information stratégique (normes, marchés, technologies, subventions). Elle a aussi pour objectif que le CQRDA joue un rôle clé dans l’écosystème de l’aluminium en offrant un accompagnement personnalisé aux entreprises avec l’adoption de technologies, l’amélioration de procédés, l’intégration de matériaux et combler le maillon faible du transfert en appuyant la mise en marché des innovations, une fois la RD complétée, au-delà de la maturité technologique d’un modèle ou d’un prototype proche de l’opérationnel (TRL6) qui est révélateur de son état d’avancement.
Dans un deuxième temps, afin de créer des vitrines d’innovation visibles et mobilisatrices, la présidente du CQRDA, conjointement avec AluQuébec, Transal et la SVA, propose d’élargir la collaboration avec les institutions publiques et les municipalités. L’objectif : intégrer davantage l’aluminium dans les projets structurants et démontrer concrètement son potentiel dans le développement durable des territoires. « L’exemple du pont d’aluminium d’Arvida, toujours fonctionnel après 79 ans, avec un minimum d’investissement – 5 M$ pour une réfection complète – illustre parfaitement sa durabilité et sa pertinence pour les infrastructures du futur », précise Dominique Girard. On songe aussi à lancer un programme « Ambassadeur de l’aluminium » pour valoriser les entreprises exemplaires et leurs projets d’intégration d’aluminium. Le CQRDA a aussi l’intention de déployer un « Parcours aluminium » provincial, avec des visites de projets innovants, des vitrines technologiques et de l’immersion pour les décideurs. Des outils comme AL13 peuvent être utilisés pour atteindre cet objectif de promotion de l’aluminium. On veut encourager l’accroissement de la communication et la mobilisation collective, en invitant les producteurs primaires à intégrer un quota de ventes directes au marché québécois, comme geste stratégique et social, pour ainsi aider les PME.
« L’écosystème veut soutenir la transformation locale et les chaînes de valeur, en développant un répertoire interactif des transformateurs, fournisseurs et donneurs d’ordres de l’écosystème de l’aluminium québécois. L’intention est aussi d’aller à la rencontre des grands donneurs d’ordres, dans les domaines de l’ingénierie, de l’architecture et de la construction, pour leur faire connaître l’aluminium, ses utilisations et les avancées de la recherche appliquée dans ce secteur », explique-t-elle. Elle ajoute qu’il faut inciter ces firmes à intégrer l’aluminium dans leurs pratiques.

Dominique Girard entend d’abord positionner le Centre comme « pierre angulaire » au niveau de l’innovation du milieu de l’aluminium, comme un guichet unique en expertise aluminium au cours de son mandat. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie.
La transformation et le transfert de connaissances seraient également de la partie. Le PDG, Gilles Déry, indique que les Presses de l’aluminium (PRAL) pourraient jouer un rôle important à cet égard. Des formations continues seraient organisées et porteraient sur les usages avancés de l’aluminium, la fabrication numérique, le design circulaire et les nouvelles normes environnementales.
Les Presses de l’aluminium (PRAL) de 2003 à ce jour :
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25 volumes scientifiques et techniques publiés (Disponibles sur la boutique en ligne du CQRDA et sur EBSCO, dont :
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2e édition de l’ouvrage Calcul des charpentes d’aluminium, par Denis Beaulieu
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Le soudage par friction malaxage, principes et applications, par Lyne St-Georges et Laszlo Kiss
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Témoignages de dirigeants de la multinationale Alcan au Saguenay-Lac-Saint-Jean (2e monographie en préparation), par Pierre Deschênes
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Enfin, l’augmentation de la productivité des PME par l’automatisation et la robotisation serait l’un des axes principaux soutenus par la filière de l’aluminium. Le CQRDA, de concert avec Transal et la collaboration active de son équipe d’agents de développement et d’innovation, incite le dépôt de projets dans ces domaines.
« Nous avons des entreprises qui sont devenues de beaux modèles. Nous devons donc démontrer aux entreprises que nous sommes là pour les aider, que nous avons des programmes de financement pour les soutenir. Et nous devons poursuivre notre collaboration avec le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) pour que les budgets, dans le secteur de la transformation numérique, puissent être bonifiés.
Évidemment, pour aider les entreprises du Québec à stabiliser leur approvisionnement en aluminium, l’aide gouvernementale du Québec serait requise. L’écosystème québécois de l’aluminium a certaines propositions à lui soumettre, notamment pour la création d’un regroupement d’achats pour les PME; permettant ainsi d’obtenir un volume collectif suffisant pour négocier des conditions plus avantageuses et qui serait favorable lors de la négociation de contrats plus stables à long terme. Les PME pourraient ainsi réduire les coûts de transport et d’entreposage », affirme Dominique Girard. Ce serait aussi un pas de plus pour les PME à la réduction des GES.

Ayant oeuvre pendant plus de trois décennies au sein de la filière aluminium, Mme Girard a à cœur de créer des changements significatifs pour l’industrie. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie.
La présidente du CQRDA, Dominique Girard, propose au gouvernement du Québec d’instaurer des ententes de partenariat avec les producteurs primaires d’aluminium, afin de réserver des volumes à tarif raisonnable aux petites entreprises québécoises de transformation. Cette mesure, à la fois économique et sociale, permettrait de garantir l’approvisionnement des PME en aluminium à des conditions compétitives, tout en renforçant la souveraineté industrielle du Québec. « Il faut se poser la vraie question : qu’est-ce qu’il faut faire pour valoriser notre aluminium? Comment nos transformateurs peuvent-ils s’en procurer à un prix viable? Aujourd’hui, ça coûte trop cher. On met en péril nos transformateurs année après année. Ils ne peuvent pas rivaliser sur les marchés mondiaux », s’indigne Dominique Girard, qui pense immédiatement à plusieurs PME du secteur menacées par cette réalité.
En proposant que les producteurs primaires intègrent un quota de ventes directes au marché québécois, le CQRDA plaide pour un geste concret et déterminant pour l’avenir de la filière. « Ce serait un signal fort de solidarité industrielle, tourné vers l’avenir, porteur de solutions et d’opportunités pour tout l’écosystème québécois ».
Selon elle, il est essentiel de soutenir le développement d’un écosystème de recyclage. Madame Girard ouvre une nouvelle parenthèse, en affirmant la pertinence et la nécessité d’avoir un Centre d’innovation en aluminium (CIAL) au Saguenay. Celui-ci pourrait, par son réseau, amener les PME à venir développer leurs idées dans les infrastructures du CIAL ou encore par le biais d’appels de projets (TRL1-6), à favoriser l’utilisation de l’aluminium recyclé. Rappelons qu’elle a œuvré à ce projet avec l’équipe dédiée à la création d’une Zone d’innovation en aluminium (ZIAL), avec la collaboration de la ministre responsable du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest.
Dominique Girard affirme que le Saguenay–Lac-Saint-Jean est déjà le cœur historique et industriel de l’aluminium au Québec. On y regroupe les principales alumineries québécoises, ainsi que plusieurs centres de recherche proposant une vaste expertise scientifique, technique et humaine unique au monde. Un écosystème de PME et de transformateurs actifs y est présent, dans la deuxième et troisième transformation.
« Nous tirons déjà parti d’un environnement unique et complet pour soutenir le développement de cette filière stratégique : le CQRDA, la Société de la Vallée de l’aluminium (SVA), Transal, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) avec le Centre universitaire de recherche sur l’aluminium (CURAL) et ses chercheurs spécialisés, de même que le Conseil national de recherche du Canada (CNRC). Cela constitue une plateforme inégalée d’expertises et d’infrastructures. Un Centre d’innovation en aluminium au Saguenay pourrait devenir un levier central au service du Québec, de l’industrie, avec en association la participation des membres du Comité scientifique et économique du CQRDA et du développement durable. » Fin de la parenthèse.

Dominique Girard compte bien s’appuyer sur l’expertise du PDG du CQRDA, Gilles Déry, dans la réalisation des objectifs visant à soutenir plus activement la filière aluminium. Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie.
Bien sûr, l’accompagnement des PME s’avère un enjeu de taille à toutes les étapes. À cet égard, le CQRDA, avec la participation conjointe d’AluQuébec, pourrait être encore plus présent auprès de celles-ci dans la gestion des risques entourant l’approvisionnement, dont une offre de formations associées ou encore d’outils pour mieux gérer les approvisionnements, impliquant les contrats à terme, les clauses d’indexation, la diversification des fournisseurs et la logistique intelligente.
Nous le mentionnions déjà plus haut, l’environnement, la transition énergétique et le développement durable sont des incontournables qu’il faudra mettre encore davantage de l’avant, pour stimuler l’innovation dans les matériaux et les procédés durables. La RD collaborative jouera un rôle de premier plan, afin d’encourager et soutenir l’élaboration de nouveaux alliages recyclables ou moins énergivores, aussi pour la fabrication additive en aluminium et des procédés de production à faible émission. Il va sans dire que les projets liés à l’économie circulaire, la réutilisation des rebuts et la valorisation des sous-produits industriels seront encouragés.
Indubitablement, l’efficacité énergétique devrait être intégrée à toute la démarche liée à la production et la transformation de l’aluminium, afin de promouvoir et partager les bonnes pratiques d’efficacité énergétique adaptées à l’aluminium auprès des membres. On pense ici aux fours, le refroidissement, les extrusions, etc. Bien sûr, une relance des filières primaire et tertiaire pourrait être envisagée. La fabrication additive (FA) pourrait être développée encore plus et pousser davantage les connaissances sur les poudres d’aluminium pourraient être des pistes de solutions à explorer pour positionner l’expertise québécoise.
À chacune de suggestions proposées se rattache un lien par association avec la formation et la sensibilisation. En effet, des conférences, des visites d’usines vertes, des webinaires seraient proposés afin d’outiller et inspirer les membres.

Nathalie Ménard, adjointe exécutive du CQRDA et pigiste pour le magazine AL13, et Daniella Ramangalahy, chargée aux communications du CQRDA et responsable du magazine AL13. Crédit photo : Marc-Antoine Couture, MAC Photographe.
Étant lié avec les entreprises transformatrices, les équipementiers et les producteurs, le CQRDA, à titre de RSRI reconnu par le gouvernement du Québec, avec AluQuébec, pourrait être bien positionné face aux instances gouvernementales pour défendre les intérêts et les enjeux qu’ils soutiennent dans l’élaboration de politiques de développement durable, afin de proposer des solutions concrètes pour que les PME soient appuyées financièrement dans leur virage vert.
Bref, un mandat exigeant attend la présidente du conseil d’administration du CQRDA, ainsi que les trois autres présidents des organisations partenaires (SVA, Transal et AluQuébec), les administrateurs ainsi que les équipes permanentes appelées à jouer un rôle structurant dans la transformation de l’écosystème québécois de l’aluminium.
Le grand défi : faire grandir cette organisation plus que trentenaire qui pourra mettre toute son expertise dans la balance, afin de faire prospérer les PME transformatrices d’aluminium, les équipementiers, ainsi que les producteurs primaires de l’industrie québécoise de l’aluminium. « On veut pousser la mission du CQRDA encore plus loin », précise la présidente du CA qui voudra adresser ses demandes au MEIE. Elle confirme que « le CQRDA a prouvé qu’il était capable de valoriser de bons projets et de créer de la valeur pour l’écosystème de l’aluminium. Maintenant, on veut demander les outils qu’il nous manque pour mener la filière de l’aluminium encore plus loin. On a un beau défi! » Le PDG souligne que l’ajout d’une marge de manœuvre plus grande permettra au CQRDA de faire encore plus de choses et animer encore mieux le milieu.

M. Gilles Déry, PDG du CQRDA et Mme Dominique Girard, présidente du CA, échangeant sur l’avenir de la filière aluminium.
Crédit photo : Marc-André Couture, MAC Photographie.
Depuis 1993 à ce jour,
10 programmes de financement proposés aux entreprises
+ 982 projets subventionnés et plus de 1200 projets reçus
+ 63 M$ financés par le CQRDA
255 M$ investis par les partenaires
Coût total des projets s’élevant à 318 M$
En introduction, on vous présentait Dominique Girard comme étant une passionnée intègre. Elle est ni plus ni moins qu’épique, si vous voulez mon avis. Ou, si vous préférez, c’est une héroïne des temps modernes qui s’est donné pour mission de positionner tout le potentiel que peut offrir l’aluminium vert québécois. « Tout est en place pour continuer à faire rayonner l’aluminium vert du Québec, pour stimuler l’innovation, pour favoriser la transformation locale et pour renforcer notre souveraineté économique », assure-t-elle.
Et si vous ne la connaissez pas encore, prenez un instant pour venir lui serrer la main et faire un brin de jasette au sujet de ce métal gris. Elle vous convaincra facilement que « l’aluminium est un matériau d’avenir et que nous avons tous les leviers en main pour aider le Québec à aller plus loin grâce à lui ».





