par Jonathan Thibeault
Née sur les bancs de l’Université de Sherbrooke, l’entreprise Oscar Robotique conçoit et fabrique des robots d’assistance entièrement québécois. Grâce à l’aluminium, elle a créé un robot léger, durable et performant, adapté aux besoins des restaurateurs. Une solution conçue localement, qui allie ingénierie, sens de l’humain et ambition internationale.
Dans les locaux d’Oscar Robotique, situés à Sherbrooke, chaque pièce, chaque mécanisme, chaque ligne de code est pensé pour une raison : faciliter le travail humain, sans le remplacer. À l’origine du projet, un groupe de sept amis devenus cofondateurs, tous diplômés du nouveau baccalauréat en génie robotique de l’Université de Sherbrooke, un programme unique au Canada. Ensemble, ils ont donné vie à Oscar, un robot assistant-serveur™ qui fait déjà ses preuves dans plusieurs restaurants québécois des bannières St-Hubert et Boston Pizza avec qui l’entreprise collabore étroitement pour parfaire le développement technologique.
« On a commencé avec une boîte de bois montée sur des roues », se souvient Mathias Bourgault, cofondateur d’Oscar Robotique. « C’était notre preuve de concept. Aujourd’hui, Oscar est passé au travers de 7 prototypages et il transporte jusqu’à 11 grandes assiettes à la fois, contre trois pour un serveur d’un restaurant. Et il le fait de façon intuitive, fluide, en se déplaçant aisément dans les environnements complexes des restaurants. »
Un robot conçu pour être intégré, pas imposé
Comparativement à plusieurs robots de service importés d’Asie et qui ont créé un certain engouement dans les dernières années, Oscar a été conçu pour être facilement adapté et intégré aux besoins spécifiques des établissements. L’équipe d’ingénieurs a misé sur l’accompagnement et l’acceptabilité sociale comme piliers de sa démarche.
« Ce qui nous distingue, c’est qu’on est là, sur place. On accompagne les équipes dans l’intégration du robot, et on le conçoit pour qu’il soit vu comme un outil, pas comme une menace », explique le cofondateur.
Il raconte l’histoire d’une serveuse réticente au départ, qui a finalement adopté Oscar après avoir constaté que le robot lui permettait de mieux répondre à l’affluence : « Elle est arrivée avec le robot devant une famille, et les clients étaient ravis et les enfants amusés », raconte-t-il. Cette approche a séduit les restaurateurs, notamment en raison des gains concrets : amélioration de la rapidité du service, réduction des coûts opérationnels, diminution des risques de blessures et d’épuisement pour les employés et un attrait marketing indéniable, notamment auprès des gens de tous âges.
L’aluminium au cœur de l’innovation
Dès les premières étapes de conception, le choix de l’aluminium s’est imposé comme une évidence. « L’aluminium, c’était parfait pour nous », affirme Mathias Bourgault. « Économique, facile à usiner, localement disponible, léger, mais assez résistant pour les charges moyennes », ajoute-t-il. Grâce à sa légèreté, l’aluminium a permis à Oscar Robotique de concevoir un robot plus agile et plus durable, adapté aux moteurs intégrés et aux déplacements en milieu restreint. Les tablettes, les structures internes et les mécanismes de déplacement sont tous fabriqués en aluminium.
L’entreprise collabore d’ailleurs avec des partenaires locaux, un transformateur basé à Sherbrooke notamment spécialisé dans le recyclage de l’aluminium. Le robot est d’ailleurs certifié « conçu et fabriqué au Québec », une démarche volontaire qui valorise le savoir-faire local à toutes les étapes, de la conception à la fabrication. « On veut raconter une histoire avec notre produit. Il y a une fierté quand les restaurateurs voient que c’est un robot d’ici, qui fonctionne et qui aide vraiment », fait savoir M. Bourgault
Une stratégie d’intégration complète
Oscar Robotique ne se contente pas de fabriquer des robots : elle les intègre elle-même chez ses clients. Ce modèle verticalement intégré, inspiré de grandes entreprises technologiques, lui permet de maintenir un haut niveau de qualité tout en assurant un service personnalisé.
« On voulait garder le contrôle sur toute la chaîne », résume Mathias Bourgault. « On fabrique, on intègre, on forme. On connaît notre technologie, alors on peut l’adapter et l’améliorer en continu ».
Cette autonomie a aussi permis à l’équipe de répondre rapidement aux retours du terrain et de bonifier le produit en fonction des besoins réels des utilisateurs.
Une percée dans le secteur de la santé
Fort de son succès dans la restauration, Oscar Robotique a lancé un nouveau projet pilote dans le domaine hospitalier. Cette fois, il s’agit de développer un robot destiné au transport interne dans les CHSLD et les hôpitaux. L’objectif reste le même : libérer du temps pour les professionnels, améliorer les conditions de travail et optimiser les opérations, toujours en maintenant une intégration humaine et réfléchie. Le projet est mené en co-création avec des CIUSSS et CISSS, dans une logique de collaboration terrain-recherche.
« On a commencé avec un robot capable de transporter les chariots de plateaux alimentaires dans un CHSLD de Laval. Maintenant, on travaille sur un modèle pour le transport de matériel médical », explique Mathias Bourgault.
Vers l’international, avec des racines solides
Oscar Robotique vise désormais une expansion graduelle : d’abord à travers le Québec, puis le Canada, pour ensuite conquérir les marchés internationaux. L’entreprise a déjà participé à des missions commerciales en Europe, et vise notamment des pays où l’intérêt pour la robotique collaborative est en pleine croissance.
Mais avant tout, l’équipe veut s’assurer que ses robots répondent pleinement aux besoins d’ici. « Notre vision, c’est de construire un monde où la robotique renforce les connexions humaines », conclut Mathias Bourgault. « Et pour ça, on doit commencer chez nous. »


