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Par Jonathan Thibeault

Dans les milieux industriels, une question de santé-sécurité ne peut pas toujours attendre qu’un conseiller soit disponible. C’est notamment pour répondre à cette réalité qu’a été développé Johnny, un assistant IA spécialisé en environnement, santé et sécurité (EHS), conçu pour accompagner les travailleurs et les gestionnaires là où une mauvaise information peut avoir des conséquences importantes. Et à long terme, l’objectif est de faire parler la donnée d’une entreprise pour prévenir les risques.

Derrière Johnny se trouve la firme CONFORMiT, une entreprise installée à Saguenay, qui célèbre cette année ses 40 ans. Au fil des décennies, elle a développé son expertise auprès d’entreprises industrielles, notamment dans le domaine du cadenassage, avant d’élargir sa plateforme à la gestion des événements, des inspections, des analyses de risques et des permis de travail. La technologie s’est rapidement imposée dans leurs spécialités.  Johnny s’appuie sur cette expertise terrain.

Contrairement aux outils d’IA généralistes, Johnny ne cherche pas à tout savoir. Son rôle est plus ciblé : accompagner les travailleurs, soutenir les gestionnaires et rendre accessible une expertise SST validée, contextualisée et vérifiable. « Les IA généralistes sont excellentes pour des tâches générales et la conformité SST n’en fait pas partie. Le coût d’une mauvaise réponse est trop élevé. C’est pour cette raison que nous avons créé Johnny », explique Sophie Lasfargeas, cheffe de produit chez CONFORMiT.

L’outil se présente comme un compagnon conversationnel. On lui pose une question sur une procédure, un risque, une obligation réglementaire ou une bonne pratique. Il répond en s’appuyant sur des sources reconnues, comme la CNESST, le RSST ou l’OSHA, selon le territoire concerné. L’objectif n’est pas de remplacer le jugement humain, mais de donner plus rapidement accès à la bonne information.

Deux outils, une même expertise

Johnny se décline en deux versions. La première, accessible gratuitement sur la plateforme ehs.ai, agit comme une base de connaissances spécialisée en santé et sécurité du travail pour l’Amérique du Nord.

Sophie Lasfargeas, cheffe de produit chez CONFORMiT (Photo de courtoisie)

Une seconde est intégrée à la plateforme de CONFORMiT, où elle commence à exploiter les données propres aux organisations, notamment à partir du module Événements, avec l’objectif d’étendre progressivement ses capacités à d’autres modules de la plateforme. Dans tous les cas, Johnny assiste la prise de décision, sans jamais substituer l’humain.

Johnny a aussi été pensé pour une réalité bien concrète du plancher : un employé n’ose pas poser toutes ses questions par gêne. De plus, dans un contexte de roulement de personnel, de départs à la retraite et d’intégration de jeunes travailleurs, certaines notions de base peuvent se perdre ou être mal comprises. « Il peut y avoir une indisponibilité du conseiller, et même des questions où on pourrait avoir une gêne à poser des questions qui pourraient être « niaiseuses ». L’IA, elle, n’a pas de jugement envers une personne. Ça peut en même temps aider les jeunes qui entrent sur le marché du travail », souligne Mme Lasfargeas.

Johnny peut expliquer pourquoi un équipement de protection individuelle est requis, donner un exemple ou aider à préparer une rencontre quotidienne de sécurité. « Dans un atelier, une aluminerie ou une usine, ce type d’assistant peut ainsi transformer une question simple en occasion de prévention », indique-t-elle.

Quand la fiabilité devient une priorité

La différence majeure avec une IA grand public se trouve dans la fiabilité recherchée. Un modèle de langage génère ses réponses en déterminant, mot après mot, la suite la plus probable. Il peut ainsi produire une réponse convaincante sans nécessairement s’appuyer sur les bonnes références. Johnny cherche à réduire ce risque grâce à une base de connaissances spécialisée, dont les contenus sont sélectionnés et validés par des experts du domaine. Lorsque l’outil ne sait pas, il doit l’admettre. Lorsqu’il répond, il permet à l’utilisateur de remonter à la source. Il fournit ainsi un point d’appui que l’humain peut ensuite vérifier, interpréter et appliquer selon son contexte.

L’industrie de l’aluminium comme terrain d’expérimentation

Si Johnny agit aujourd’hui comme un assistant spécialisé en santé, sécurité et environnement, il ne se limite pas à la recherche documentaire ou au soutien des travailleurs. CONFORMiT travaille à concevoir des agents encore plus spécialisés, capables d’analyser des scénarios propres aux procédés industriels. Le secteur de l’aluminium, où l’entreprise compte déjà plusieurs clients, constitue un domaine d’application naturel.

L’objectif est de reconnaître des combinaisons de facteurs de risque qui, prises individuellement, pourraient passer inaperçues, mais qui annonceraient une tendance préoccupante.

« L’idée pour nous, c’est d’automatiser la détection de tendances qui amèneraient à cette blessure-là ou à cet événement-là, parce qu’un certain type de problème finit souvent par apparaître avec le temps. On pourrait lever des drapeaux et dresser un premier bilan », explique Mme Lasfargeas.

Cette évolution pourrait éventuellement permettre aux entreprises d’enrichir la prévention à partir de connaissances partagées de façon sécurisée et anonymisée de tout un secteur; supposant ainsi une culture de la santé-sécurité partagée, où chacun contribue à faire grandir un savoir dont tous bénéficient.

« CONFORMiT mise moins sur la donnée elle-même que sur la manière de l’organiser. L’entreprise a bâti une structure qui relie événements, risques, procédures et inspections dans un langage commun et donne à la donnée un sens exploitable. Cette fondation […] donne à Johnny sa profondeur qui, demain, permettra à l’IA d’analyser ce savoir en profondeur plutôt que de seulement le restituer », conclut enfin Sophie Lasfargeas.