Par Jonathan Thibeault
Vouloir innover ne garantit pas nécessairement de bons résultats. Entre les outils implantés trop rapidement, les projets mal définis et les attentes irréalistes, plusieurs entreprises compliquent elles-mêmes leur démarche sans le vouloir.
À travers leurs expériences auprès des PME régionales, Sarah Thériault, conseillère en innovation chez Innovation 02, et Aurélie Pinceloup, directrice générale du COlab d’Alma, observent régulièrement les mêmes erreurs.

Sarah Thériault, conseillère en innovation chez Innovation 02 (Photo de courtoisie)

Aurélie Pinceloup, directrice générale du COlab d’Alma (Photo de courtoisie)
Vouloir régler tous les problèmes d’un coup
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à lancer une transformation complète sans préparation. « Plusieurs entreprises veulent immédiatement arriver à la solution finale », observe Aurélie Pinceloup.
« Pourtant, l’innovation fonctionne beaucoup mieux lorsqu’on avance par petits tests et par étapes. »
Le prototypage permet justement d’expérimenter rapidement une idée à petite échelle avant d’investir massivement temps et argent. Une approche encore trop peu utilisée dans plusieurs organisations.
Acheter un outil avant de comprendre le problème
Pour plusieurs PME, la tentation est grande de chercher rapidement une solution technologique. Mais sans vision claire, l’outil risque surtout de créer de nouvelles complications. « La finalité n’est pas d’implanter un ERP ou un CRM », rappelle Mme Pinceloup. « Il faut d’abord savoir ce que l’entreprise veut améliorer et pourquoi elle souhaite changer ». Selon elle, plusieurs organisations accumulent des logiciels ou des plateformes sans avoir structuré leurs processus au préalable.
Penser que les meilleures idées viennent uniquement de la direction
L’innovation ne se limite pas aux gestionnaires ou aux départements spécialisés.
« Les meilleures idées viennent souvent des employés, des opérations ou des irritants du quotidien », souligne Sarah Thériault. Ignorer les équipes dans une démarche d’innovation peut rapidement créer de la résistance ou des solutions déconnectées de la réalité du terrain. À l’inverse, les entreprises qui impliquent leurs employés dès le départ réussissent souvent à mieux adapter leurs projets.
Refuser l’erreur
Plusieurs organisations hésitent à expérimenter par peur de l’échec. Pourtant, vouloir tout réussir parfaitement dès le premier essai ralentit souvent l’innovation. « Il faut apprendre à tester, à ajuster et parfois à se tromper », insiste Aurélie Pinceloup. Selon la directrice du COlab, les entreprises qui acceptent l’expérimentation développent généralement une plus grande capacité d’adaptation à long terme.
Vouloir aller trop vite
Avec la pression économique et les transformations technologiques rapides, plusieurs dirigeants cherchent à accélérer leur virage numérique. Mais certaines étapes ne peuvent pas être sautées. « Beaucoup d’organisations veulent intégrer des outils avancés alors que leurs bases ne sont pas encore solides », constate Mme Pinceloup. Des données mal structurées, des processus flous ou une faible maturité numérique compliquent ensuite l’implantation des nouveaux outils.
Croire qu’innover signifie forcément révolutionner son entreprise
L’innovation est souvent perçue comme un grand bouleversement. Pourtant, les changements les plus efficaces sont parfois beaucoup plus simples. « Les meilleures façons d’innover ne sont pas forcément les grosses inventions coûteuses », rappelle Sarah Thériault. « Une amélioration de processus ou une nouvelle manière de travailler peut avoir énormément d’impact ».
Chercher constamment l’idée spectaculaire peut donc faire perdre de vue des améliorations concrètes et accessibles.
Penser que l’innovation est un projet ponctuel
Finalement, plusieurs entreprises abordent encore l’innovation comme une initiative temporaire plutôt qu’une démarche continue. Pour les deux expertes, l’innovation ressemble davantage à une capacité d’adaptation qui se développe avec le temps. « Une culture d’innovation ne se bâtit pas en dix minutes », rappelle Aurélie Pinceloup.
Dans un contexte économique instable, les entreprises qui réussissent le mieux sont souvent celles qui apprennent à ajuster progressivement leurs façons de faire plutôt que celles qui cherchent la transformation parfaite du premier coup.