Par Charlotte Laramée, Présidente-directrice générale d’AluQuébec

Charlotte Laramée, Présidente-directrice générale d’AluQuébec (Photo de courtoisie)
À l’approche des élections provinciales, AluQuébec est allé à la rencontre des différentes formations politiques avec un objectif : placer la compétitivité des PME de la filière au cœur des discussions économiques du prochain mandat.
Après plus de 18 mois de tensions commerciales et d’incertitude, les transformateurs et les équipementiers sont sous pression :
84 % des entreprises subissent les impacts du contexte tarifaire et commercial, 45 % des exportateurs vers les États-Unis ont vu leur rentabilité diminuer et 28 % ont réduit leurs effectifs. Pourtant, elles regardent toujours vers l’avant : 79 % prévoient investir pour améliorer leur productivité et 89 % souhaitent développer de nouveaux marchés.
C’est le message que nous avons voulu porter auprès des partis : notre filière veut continuer d’investir, d’innover et de se développer. Encore faut-il créer les conditions pour le faire.
Investir pour rester compétitifs
Dans un environnement où les carnets de commandes sont moins prévisibles et les conditions commerciales peuvent changer rapidement, le risque associé à un investissement manufacturier augmente. La question pour le prochain gouvernement n’est donc pas simplement de savoir comment soutenir les entreprises en période difficile, mais comment faire en sorte que le Québec demeure un endroit où elles choisissent d’investir dans leurs prochaines capacités de production, leurs équipements et leurs innovations.
Cela exige de mieux partager le risque associé à l’innovation, d’offrir des incitatifs fiscaux adaptés aux réalités manufacturières et de protéger nos entreprises contre les distorsions commerciales. Surtout, cela exige de la prévisibilité : une entreprise investit sur plusieurs années, pas sur la durée d’un programme gouvernemental.
Les marchés publics doivent aussi faire partie de l’équation, Le gouvernement québécoispeut être plus qu’un bailleur de fonds : il peut devenir un premier client et contribuer à créer les conditions de marché permettant à une nouvelle capacité ou à une innovation de prendre son envol. Coût total de possession, cycle de vie, retombées économiques, démonstrateurs et projets pilotes : la commande publique peut devenir un véritable levier de développement industriel.
Dans un contexte où chaque investissement compte, la meilleure politique industrielle n’est pas seulement celle qui aide une entreprise à acheter une machine : c’est celle qui lui donne suffisamment confiance dans l’avenir pour décider de l’acheter.
Diversifier sans tourner le dos aux États-Unis
Dans le contexte commercial actuel, la diversification est devenue un mot d’ordre. Mais elle doit être abordée avec pragmatisme. Les États-Unis demeurent un marché incontournable et nos chaînes de valeur sont profondément intégrées. L’objectif n’est pas de remplacer ce marché, mais de faire en sorte qu’il ne soit pas le seul horizon de croissance de nos PME.
Diversifier, ce n’est pas disperser nos efforts : c’est donner à nos entreprises davantage d’options lorsqu’un marché ralentit ou que les règles commerciales changent.
Cette résilience suppose aussi de préserver notre capacité de produire. Dans plusieurs régions, certaines compétences sont difficiles à recruter et longues à développer. Les perdre pendant un ralentissement, c’est aussi réduire la capacité d’une entreprise à repartir lorsque les commandes reviennent. La main-d’œuvre doit donc être considérée comme un enjeu de capacité industrielle, et non uniquement comme un enjeu de disponibilité de travailleurs.
Enfin, renforcer notre filière passe par une meilleure valorisation des matières récupérées. Développer nos capacités de recyclage, de transformation et les débouchés locaux permettrait d’en réintégrer davantage dans nos chaînes de valeur et d’accroître la valeur qui en est tirée au Québec.
Les choix du prochain mandat
Investissement et innovation, achats publics stratégiques, diversification des marchés, main-d’œuvre et économie circulaire : les cinq priorités portées par AluQuébec auprès des formations politiques répondent toutes à un même objectif, celui de préserver et renforcer la compétitivité de notre filière.
Le Québec dispose d’une chaîne de valeur structurée, d’un savoir-faire reconnu et d’entreprises prêtes à investir. Mais ces acquis ne garantissent pas notre compétitivité future.
Nous n’avons pas à choisir entre renforcer notre industrie et demeurer pleinement intégrés à nos partenaires commerciaux. Le véritable choix est celui des conditions que nous voulons créer pour permettre à nos PME de continuer à investir, à innover et à saisir les occasions qui se présenteront.
Et c’est ce choix qui déterminera la force de notre filière pour les prochaines années.