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Par Jonathan Thibeault

Lorsqu’on parle d’innovation, l’image qui vient spontanément en tête est souvent celle d’un nouveau produit spectaculaire, d’une invention technologique ou de l’intelligence artificielle. Pourtant, dans les PME, les changements les plus importants passent souvent inaperçus.

L’innovation peut se résumer à : une méthode de travail simplifiée, une meilleure gestion des données, nouvelle façon de collaborer entre équipes, ou encore un service plus accessible pour les clients. « Les meilleures façons d’innover ne sont pas forcément les grosses inventions coûteuses », rappelle Sarah Thériault, conseillère en innovation chez Innovation 02. « Ça peut être une simplification de processus, une nouvelle façon d’écouter ses employés ou une amélioration dans les services. »

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) classe d’ailleurs l’innovation en quatre grands domaines : le procédé, l’organisation, la commercialisation et le produit. Et dans les entreprises régionales, les innovations les plus fréquentes se trouvent souvent loin des laboratoires de recherche.

Sarah Thériault, conseillère en innovation chez Innovation 02 (Photo de courtoisie).

Innover dans les opérations

Pour plusieurs PME, l’innovation commence d’abord dans les façons de faire au quotidien. Au COlab d’Alma, la directrice générale Aurélie Pinceloup accompagne régulièrement des organisations qui souhaitent améliorer leurs processus internes ou mieux utiliser leurs outils numériques.

Aurélie Pinceloup, directrice générale chez COlab (Photo de courtoisie)

« Les entreprises arrivent souvent avec des douleurs très opérationnelles : des logiciels implantés mais peu utilisés, des données mal organisées ou des processus inefficaces », explique-t-elle.

Dans ces cas, l’innovation consiste moins à inventer quelque chose de nouveau qu’à rendre les opérations plus fluides et plus efficaces. L’automatisation de certaines tâches répétitives, l’amélioration de la circulation de l’information ou une meilleure exploitation des données peuvent rapidement avoir un impact important sur la productivité.

« Souvent, les gains les plus importants viennent d’améliorations continues qu’on ne considère même pas spontanément comme de l’innovation », observe Mme Pinceloup.

Changer la façon de travailler

L’innovation peut aussi toucher la structure même de l’entreprise. Certaines organisations mettent en place des comités d’innovation, réorganisent leurs équipes ou modifient leurs méthodes de gestion afin de favoriser davantage de collaboration et d’agilité.

« Une culture d’innovation ne se bâtit pas en dix minutes », souligne Aurélie Pinceloup. « Ça demande une vision claire, des essais, des ajustements et une implication de la direction. »

Pour Sarah Thériault, cet aspect humain demeure central. « On pense souvent que l’innovation appartient au département de recherche et développement, mais les meilleures idées viennent fréquemment des employés, des opérations ou des irritants du quotidien », dit-elle. Dans plusieurs entreprises, les changements organisationnels deviennent même la première étape avant l’intégration de nouvelles technologies.

Rejoindre autrement les clients

D’autres entreprises innovent surtout dans leur façon de vendre ou de communiquer. Le développement du commerce en ligne, des réseaux sociaux et des plateformes numériques a transformé la relation avec les consommateurs. Plusieurs PME doivent maintenant adapter leur approche afin de demeurer visibles dans un marché plus concurrentiel.

Une nouvelle stratégie de commercialisation, un meilleur service client ou une expérience numérique plus simple peuvent représenter des innovations importantes sans qu’un nouveau produit soit nécessairement créé. Selon les deux expertes, cette capacité d’adaptation devient essentielle dans un contexte où les habitudes de consommation changent rapidement.

Le produit n’est qu’une partie de l’équation

L’innovation de produit demeure la forme la plus visible. Elle permet de développer un nouveau bien ou d’améliorer un produit existant. Mais contrairement à la perception populaire, ce n’est pas toujours le premier réflexe des PME. « Souvent, les entreprises commencent par revoir leurs processus internes avant de lancer de nouveaux produits ou services », explique Aurélie Pinceloup.

Pour les organisations, l’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre l’exploitation de ce qu’elles maîtrisent déjà et l’exploration de nouvelles façons de faire. « Dans le contexte actuel, les entreprises doivent continuellement s’adapter pour rester pertinentes et compétitives », rappelle Sarah Thériault.

Et cette adaptation ne passe pas toujours par une révolution spectaculaire. Bien souvent, elle commence par de petits changements presque invisibles… mais capables de transformer durablement une organisation.