Par Jonathan Thibeault
Avoir une idée ne suffit pas pour innover. Dans plusieurs PME, l’innovation échoue non pas par manque de volonté, mais parce que les organisations cherchent des solutions rapides sans avoir mis en place les conditions nécessaires pour les faire fonctionner.
« On ne peut pas transformer une entreprise qui n’innove pas du jour au lendemain. C’est une gymnastique. Il faut apprendre à créer, à tester et aussi à échouer », résume Aurélie Pinceloup, directrice générale du COlab d’Alma.
Au quotidien, le centre de recherche et d’innovation accompagne des entreprises qui souhaitent améliorer leurs processus, intégrer de nouveaux outils numériques ou amorcer des projets liés à l’intelligence artificielle.

Aurélie Pinceloup, directrice générale du Colab et experte en Innovation Sociale & Culture Numérique | Recherche appliquée : IA, Sobriété Numérique, Transformation Numérique & Littératie. (Photo LinkedIn)
Mais derrière ces ambitions se cachent souvent des réalités beaucoup plus terre à terre. « Les entreprises arrivent avec des douleurs opérationnelles. Un logiciel implanté mais sous-utilisé, des processus inefficaces, des données mal organisées ou une volonté de numériser certaines tâches », explique Mme Pinceloup.
Vouloir innover ne suffit pas
Selon elle, plusieurs organisations pensent encore que l’innovation repose avant tout sur une invention spectaculaire ou une technologie révolutionnaire. Pourtant, les innovations les plus utiles sont souvent les moins visibles. « Beaucoup d’améliorations importantes passent par des processus plus fluides, une meilleure circulation de l’information ou l’automatisation de petites tâches répétitives. Ce ne sont pas toujours les projets les plus spectaculaires, mais ce sont souvent ceux qui ont le plus d’impact au quotidien », affirme-t-elle.
Le véritable défi consiste surtout à structurer cette volonté d’amélioration. « Les entrepreneurs innovent déjà constamment sans toujours s’en rendre compte. Mais pour obtenir un réel retour sur investissement, il faut organiser l’innovation, la prioriser et lui donner une gouvernance. »
Avant même de choisir un nouvel outil technologique, les entreprises doivent donc clarifier leur vision. « La finalité n’est pas d’implanter un ERP ou un CRM. Il faut d’abord savoir où l’entreprise veut aller et pourquoi elle souhaite changer. Sinon, on accumule des projets sans cadre structurant. »
Le droit d’essayer… et de se tromper
Pour Aurélie Pinceloup, l’un des plus grands freins demeure la peur de l’échec. Plusieurs entreprises veulent immédiatement passer à une solution complète et définitive, sans prendre le temps d’expérimenter. « Ici, la culture du prototypage est encore peu développée. Pourtant, c’est essentiel pour réduire les risques », souligne-t-elle.
Le principe est simple : tester rapidement une idée à petite échelle avant d’investir massivement temps et argent. « On peut essayer quelque chose de rapide, fonctionnel et peu coûteux juste pour voir si ça fonctionne réellement sur le terrain. »
Cette approche permet non seulement d’éviter certaines erreurs coûteuses, mais aussi de mieux mobiliser les équipes. « Quand les employés comprennent qu’un outil est en phase de test, ils acceptent davantage les ajustements. Ils participent au processus au lieu d’avoir l’impression qu’un changement leur est imposé. »
Selon Mme Pinceloup, plusieurs entreprises vont trop vite, notamment dans les projets liés à l’intelligence artificielle. « Beaucoup d’organisations ne sont pas assez matures au niveau des données. Elles veulent intégrer l’IA immédiatement, mais les bases ne sont pas encore solides. »
Une question de culture
L’innovation ne repose donc pas uniquement sur les outils, mais aussi sur la capacité d’une organisation à apprendre, à collaborer et à évoluer dans le temps. « Une culture d’innovation ne se bâtit pas en dix minutes. Ça prend des jalons, des essais, des ajustements et une implication de la direction », insiste Aurélie Pinceloup.
Dans les PME, ce défi est encore plus grand puisque les dirigeants doivent souvent gérer l’innovation en parallèle des opérations quotidiennes. D’où l’importance de s’appuyer sur un écosystème régional capable d’offrir du soutien et de l’expertise. « Une PME seule, c’est très difficile pour elle d’innover. Plus les ressources autour des entreprises travaillent ensemble, plus les organisations deviennent capables de faire les bons choix et de développer leur résilience. »
Dans un contexte économique instable, cette capacité d’adaptation devient essentielle. Mais pour Mme Pinceloup, l’innovation ne doit pas être perçue comme une pression supplémentaire. « Innover, ce n’est pas toujours inventer quelque chose de révolutionnaire. Souvent, c’est simplement apprendre à mieux faire les choses, un petit pas à la fois. »