par Guy Bordeleau
Le 5 décembre 2025, à la demande de la députée fédérale de Trois-Rivières et secrétaire parlementaire du ministre du Logement et de l’Infrastructure, madame Caroline Desrochers, et organisée par Innovation et Développement Économique Trois-Rivières (IDÉ Trois-Rivières), s’est tenu un colloque sur les opportunités en sécurité nationale et défense. L’événement, présenté au centre-ville de Trois-Rivières a réuni près d’une centaine de participants : représentants gouvernementaux, acteurs économiques, chercheurs et entrepreneurs issus de secteurs stratégiques liés à la défense et à l’innovation. L’objectif de ce rassemblement fut de mieux comprendre les nouvelles orientations fédérales, les programmes de financement et les perspectives offertes aux PME régionales dans un contexte de redéfinition des politiques industrielles canadiennes.
Dans la foulée de la réforme du système d’approvisionnement militaire, le gouvernement fédéral a créé l’Agence de l’investissement pour la défense (AID), lancée officiellement le 2 octobre 2025 par le premier ministre Mark Carney. Placée sous la supervision du secrétaire d’État à l’Approvisionnement en matière de défense Stephen Fuhr et dirigée par Doug Guzman, cette agence a pour mission de moderniser et centraliser les achats d’équipement et de technologies destinés aux Forces armées canadiennes et à la Garde côtière canadienne. En simplifiant les processus et en réduisant les délais, l’AID veut renforcer la collaboration entre l’État, l’industrie et les PME nationales. Ses investissements viseront des secteurs stratégiques tels que l’aérospatiale, la construction navale, la fabrication avancée, la cybersécurité et les technologies émergentes, afin de consolider la capacité industrielle du Canada et de le positionner comme partenaire de premier plan auprès d’alliés comme le Royaume-Uni, la France et l’Australie. C’est dans ce contexte que s’est déroulé le colloque, animé par le directeur général de la Ville de Trois-Rivières, monsieur François Vaillancourt.
[De gauche à droite] Stephen Fuhr, Secrétaire d’État (à l’approvisionnement en matière de défense) et Doug Guzman, Président-directeur général de l’Agence d’investissement pour la défense.
La première présentation fut donnée par le brigadier-général (r) Gaston Côté, vice-président aux opérations internationales du Groupe DA. Il a rappelé que la reconstruction d’une industrie nationale de défense solide ne vise pas seulement à atteindre les cibles de l’OTAN, mais à protéger la souveraineté du Canada, notamment dans le Grand Nord. Revenant sur l’époque de la Guerre froide, il a souligné la perte graduelle de capacités industrielles et la nécessité de rebâtir un écosystème cohérent autour des entreprises locales. Selon lui, plusieurs industries de Trois-Rivières, mais aussi du Québec possèdent déjà les compétences recherchées : ingénierie, métallurgie, fabrication de pointe et technologies appliquées à la défense. Il a enfin invité les entreprises à s’enregistrer sur le portail Achat Canada, à se conformer aux normes de cybersécurité CMMC 2.0 et à suivre les programmes fédéraux tels que l’IDEaS[1], afin de saisir les occasions offertes par la relance de la base industrielle de défense canadienne.
Après un premier panel d’entreprises, la seconde conférencière, l’honorable Jenna Sudds, secrétaire parlementaire du ministre de la Transformation du gouvernement, des Travaux publics et de l’Approvisionnement, a présenté la mission et la structure de l’AID. Elle a insisté sur l’objectif de l’agence qui consiste à faire les choses différemment, plus vite et plus efficacement, en consolidant les pouvoirs et les ressources des ministères concernés (SPAC, MDN/FAC, ISDE). Mme Sudds a mis en avant les nouvelles politiques fédérales, notamment Achetez canadien et les programmes conjoints tels qu’Horizon 2030, qui visent à stimuler la participation des entreprises canadiennes aux marchés internationaux. Elle a aussi souligné l’importance du dialogue avec l’industrie, amorcé à l’été 2025, pour renforcer les chaînes d’approvisionnement et appuyer la croissance des PME innovantes.
La troisième présentation fut donnée par M. Mathieu Demoulin, conseiller superviseur chez SIA Partners. D’un ton technique et concret, il a exposé la manière de sécuriser une base industrielle de défense au Canada et a mis en valeur les atouts stratégiques du Québec au sein des chaînes de valeur mondiales.
Il a rappelé l’importance d’une coordination étroite entre les gouvernements, les entreprises et les centres de recherche, tout en soulignant la force du Québec dans les domaines des matériaux de pointe, de l’ingénierie de précision, des technologies vertes et de la cybersécurité. Selon lui, la résilience industrielle passe aussi par la protection des savoir-faire et la certification des entreprises selon les nouvelles normes de conformité, essentielles à la souveraineté technologique du pays.
Après deux autres panels réunissant notamment M. Gheorghe Marin, directeur du Centre de métallurgie du Québec, et la participation, en après-midi, du ministre François-Philippe Champagne et de Mme Caroline Desrochers, la troisième conférencière fut Mme Marta Acevedo, directrice régionale de Développement économique Canada (DEC). Son allocution a porté sur les programmes et l’accompagnement gouvernemental offerts aux entreprises œuvrant dans la défense et les technologies stratégiques. Elle a rappelé que le Québec compte plus de 277 000 PME, dont la majorité de petite taille, et que DEC vise à stimuler la croissance régionale par l’innovation et la productivité. À travers ses programmes PDEQ, PDC et CERI ainsi que le service des retombées industrielles et technologiques (RIT), DEC veille à ce que les contrats fédéraux profitent aux régions du Québec et encouragent les investissements dans les technologies émergentes, la cybersécurité et les matériaux de pointe.
La journée s’est conclue avec la présentation de Mme Renée-Maude Lebrun, directrice des Services à l’exportation d’Investissement Québec International. Elle a exposé la stratégie d’investissement responsable du Québec appliquée au secteur de la défense, ainsi que les nouveaux mécanismes de financement destinés aux entreprises de ce domaine. Mme Lebrun a rappelé que le Canada prévoit consacrer 5 % de son PIB à la défense d’ici 2035, une orientation qui ouvre de vastes perspectives pour les entreprises québécoises de l’aérospatiale, de la robotique, des systèmes navals, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Elle a également insisté sur l’importance du maillage international et de la participation du Québec aux grands salons du secteur, tels que CANSEC, DSEI et AUSA 2025, pour transformer ces occasions d’affaires en retombées économiques durables.
En résumé, cette journée de colloque aura démontré l’importance d’une mobilisation rapide du Québec face à la relance de l’industrie canadienne de la défense. Les conférenciers ont unanimement souligné la nécessité pour les régions de se structurer afin de profiter pleinement des investissements massifs associés à la mise en œuvre de l’AID.
Dans cette perspective, l’industrie de l’aluminium québécoise, reconnue mondialement pour son innovation, sa qualité et son empreinte carbone exemplaire, doit se positionner sans délai comme un acteur clé de cette nouvelle dynamique. Grâce à son expertise en fabrication avancée, en matériaux légers et en transformation durable, elle peut devenir un partenaire naturel des grands donneurs d’ordre du secteur de la défense, contribuant ainsi à la souveraineté industrielle du Canada et à la consolidation du rôle du Québec dans les chaînes d’approvisionnement stratégiques de demain.
RÉFÉRENCE
[1] IDEaS : Programme Innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité : https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/programmes/idees-defense.html


