Par Céline Normandin
Artiste curieux, Réal Arsenault a touché à une diversité de médiums, techniques et matériaux au cours de sa carrière de 70 ans, dont l’aluchromie qu’il a contribué à populariser.
La première réaction de Réal Arsenault en apprenant la rédaction de l’article pour AL13 a été la surprise. « L’aluchromie, il n’y a plus d’artiste qui fait ça ! ». Ce que l’artiste multidisciplinaire de 95 ans oublie de dire, c’est qu’il a été un pionnier et une figure marquante de ce type d’art.
L’artiste natif de Québec a utilisé l’aluchromie pour plusieurs œuvres réalisées à la fin des années 60, alors qu’il résidait à Montréal. Il a exécuté une robe, une murale pour Alcan, et des cadres pour un restaurants de Montréal, le Marie-Galante. Il a aussi exposé à Terre des Hommes, l’exposition permanente et la prolongation temporelle d’Expo 67, ainsi que dans une douzaine d’exposition.

M. Arsenault figure parmi les pionniers de l’aluchromie, en compagnie du peintre Jean-Paul Mousseau. (Photo de courtoisie)
Des ailes aux toiles
Réal Arseanult s’est initié à l’aluchromie lorsqu’il résidait en Europe au début des années soixante. Il avait étudié plus tôt à l’École des Arts graphiques de Montréal avant de s’adonner à la peinture.
Le rendu de l’aluchromie s’apparente à l’aquarelle, puisque la surface métallique reflète les couleurs et leur transparence. « C’est un jeu de lumière qui affecte les couleurs. C’est assez séduisant ».
Ce sont les Allemands qui ont développé l’aluchromie durant la Deuxième Guerre mondiale pour faire adhérer différents signes sur les ailles d’avions, explique M. Arsenault. « Les couleurs peintes sur les avions partaient avec les intempéries. Les Allemands, qui étaient d’habiles chimistes, ont eu recours à l’anodisation, soit le procédé qui oxide la surface de l’aluminium et la rend poreuse, ce qui permet de faire adhérer les couleurs ».


M.Arsenault a expérimenté diverses formes d’art avec l’aluchromie, comme cette robe parue dans un reportage du magazine Perspectives de janvier 1970. (Photo de courtoisie)
Quand chimie et couleurs se rencontrent

L’artiste raconte avoir choisi l’aluchromie à l’époque parce qu’elle permettait de réaliser des œuvres de grandes envergure, faisant apparaitre de grands mouvements, les feuilles d’aluminium étant d’une superficie 4 pieds par 8 pieds.
Pour réaliser de l’aluchromie il faut d’abord tremper les feuilles d’aluminium dans un bain d’acide (en usine), ce qui provoque en surface une oxydation. L’opération ouvre les pores de la surfaces de l’aluminium.
On applique ensuite à l’aide d’un pinceau, d’un chiffon ou d’une éponge des colorants spéciaux très liquides qui pénètrent les pores. Une fois l’œuvre terminée, les pores de l’aluminium sont refermés par des bains d’eau chaude contenant du sel. Cette dernière étape durcit la surface qui devient inaltérable.
Réal Arseanult raconte avoir toujours peint à plat, afin d’éviter les coulisses. « La gravité demeure au centre du tableau. Le tableau peut donc être vu et aller dans tous les sens, selon la personne qui le regarde. »
La couleur de l’artiste
À savoir si l’aluchromie a influencé son œuvre, l’artiste a cette réponse. « Quand on adopte un médium, on veut savoir notre comportement, mais la facture de l’artiste demeure la même, elle est évidente dans ses œuvres, comme un reconnait un Monet d’un tableau à l’autre. » C’est d’ailleurs pourquoi il a désiré que le documentaire de sa petite-fille sur son parcours s’intitule La couleur de Réal. La même réponse s’applique à l’influence de l’environnement, comme les Îles-de-la-Madeleine qu’il habite depuis 1971. « C’est une réflexion poétique de croire que l’extérieur nous influence. La créativité vient de l’intérieur et peut varier d’une journée à l’autre. C’est une influence qui est fluide. » Si le monde extérieur affecte l’artiste, c’est parce qu’il l’influence de l’intérieur, de la même manière que les saisons nous stimulent, illustre l’artiste. « On vit les saisons de l’intérieur ».
Si l’aluchromie n’existe plus aujourd’hui, c’est simplement un signe du temps et des époques qui changent, indique M.Arsenault. L’artiste rappelle qu’il a travaillé à travers les années avec plusieurs matériaux, comme le verre, et pratiqué la sculpture de différentes manières : sur bois, métal et neige (!). Il a aussi touché à la gravure, la sérigraphie et l’aquarelle.
Aujourd’hui, les œuvres de Réal Arsenault figurent dans les collections du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée d’art contemporain de Montréal, un parcours qui lui a valu en 2023 la Médaille de l’Assemblée nationale.

M. Arsenault a pu explorer la peinture sur de grandes surfaces. Une de ses œuvres a d’ailleurs été acquise par le Musée des Beaux Arts de Québec (Photo de courtoisie).