par Isabelle Simard
L’aluminium est un médium de plus en plus répandu dans le milieu artistique québécois, particulièrement chez les sculpteurs, qui en apprécient la malléabilité, la légèreté, la résistance à la corrosion et la grande versatilité. Parmi eux, Marc-Antoine Côté, reconnu pour ses œuvres monumentales et abstraites qui occupent une place importante dans l’espace public.
Ses créations en art public jalonnent le territoire québécois, d’un bout à l’autre de la province. Elles surprennent, questionnent, plongent les visiteurs dans une contemplation qui les incite à faire corps avec l’œuvre et à se laisser imprégner par la matière. Aux yeux du sculpteur, c’est le visiteur qui « fait l’œuvre » et la sculpture ne prend son véritable sens qu’au contact de celui ou celle qui l’observe, l’analyse et l’expérimente.
« Mes œuvres apparaissent dans des lieux inattendus, des endroits où l’on ne s’attend pas à voir de l’art. Dans un musée, on y est préparé, mais lorsqu’on contourne un bâtiment et qu’une œuvre apparaît, on ne s’y attend pas. Et c’est ce qui fait la beauté de l’art public », estime le sculpteur.
Dans son atelier d’Inverness, de grandes pièces d’aluminium sont disposées à l’horizontale, prêtes à être travaillées par le sculpteur. Marc-Antoine réalise lui-même les étapes majeures de ses œuvres, de la conception à l’assemblage. Ses créations sont souvent constituées de plusieurs sections, notamment en aluminium et en bronze, qu’il assemble mécaniquement ou par soudure, puis patine et cire lui-même selon les besoins de chaque projet.
S’il collabore avec des ateliers spécialisés pour certaines étapes très spécifiques, comme le coulage du métal, le sculpteur est responsable de la conception, du choix de matériaux, de l’assemblage et de la finition.
« Je suis en contact avec l’œuvre du début à la fin. Je fabrique mes choses moi-même, je soude le métal et j’exploite les ondulations naturelles. Je travaille beaucoup avec les déformations. », explique-t-il.

L’œuvre Vitesse-Vol plane a été réalisée dans le cadre de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments publics et des sites gouvernementaux, à l’extérieur du Colisée Vidéotron, à Trois-Rivières.
Par ailleurs, s’il conçoit d’abord une maquette du projet avant de se lancer dans sa réalisation à grande échelle, le sculpteur laisse une certaine latitude à la matière, comme s’il voulait lui donner l’occasion à son tour de s’exprimer.
L’aluminium comme matériau de prédilection

Le sculpteur Marc-Antoine Côté pose devant sa célèbre œuvre qui, installée à quelques mètres de sa résidence, attend sa prochaine destination.
Bien qu’il utilise d’autres matières, tels le bois et le bronze, Marc-Antoine Côté privilégie l’aluminium 75% du temps, mais il n’hésite pas à combiner aluminium et bronze. Cette combinaison lui permet d’exploiter la richesse symbolique des deux matériaux : le bronze évoquant la tradition et l’aluminium incarnant la modernité.
« L’aluminium est léger, il est peu dispendieux, il se soude bien, il résiste au temps, il garde sa brillance », énumère le sculpteur, qui expérimente ce matériau depuis 25 ans, inlassablement.
Inverness : terre d’ancrage et d’inspiration
Diplômé de l’École de sculpture de Québec (2001), Marc-Antoine Côté est cofondateur de la Coop Bloc 5, une coopérative d’artisans-sculpteurs fondée à Limoilou. Cette expérience aura été très formatrice pour l’artiste qui, aujourd’hui, possède son propre atelier à Inverness.
Choisir Inverness comme lieu de résidence et pour y implanter son atelier n’a rien d’un hasard pour le sculpteur, lorsqu’on considère le contexte unique de ce village du Centre-du-Québec. Inverness est reconnue comme la « capitale de la fonderie d’art » au Québec, abritant deux fonderies d’art. La présence de l’Atelier du Bronze, spécialisé dans la fonte du bronze et de l’aluminium, constituait un atout majeur pour le sculpteur.
Œuvres et expositions
Les œuvres de Marc-Antoine Côté sont présentées dans de nombreuses collections publiques et privées (Musée national des beaux-arts du Québec, Fondation Québec Cinéma : trophée IRIS, Loto-Québec, Caisse populaire Desjardins, Hôtel-musée premières nations Wendake). L’artiste a participé à plusieurs expositions individuelle et collectives au fil de sa carrière.
Il/Elle n’a pas de nom, lors de la Manif d’Art 7, à la Galerie de l’Œil de poisson, puis au Centre de commerce mondial de Montréal et à Ottawa.
Le sculpteur a également conçu une cinquantaine d’œuvres d’art public réparties aux quatre coins de la province.
Parmi elles, une œuvre qui a un parcours inusité et qui reflète bien le désir de l’artiste de créer des sculptures inclassables et intemporelles. Cette création, intitulée Il/Elle n’a pas de nom a été réalisée en 2014 dans le cadre de la Manif d’Art 7 – Résistance, Galerie de l’Œil de poisson, à Québec. Elle a été déplacée à quelques reprises, notamment à Montréal et Ottawa.
Les œuvres de sa prochaine exposition sont en cours de réalisation. C’est en janvier 2026 que les visiteurs pourront se laisser imprégner par les nouvelles créations du sculpteur Marc-Antoine Côté, au Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger, à Victoriaville. Une invitation à découvrir son univers en constante évolution.




